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La
panne électrique du 4 novembre 2006
questions/réponses
Nous avons reçu, sur notre site web,
de très nombreuses questions portant sur la nature
et lorigine de la panne électrique qui a touché
lEurope, samedi 4 novembre 2006, entre 22 et 23 heures.
Cette rubrique a vocation à vous informer sur cet incident
majeur.
Lenchaînement précis et
les causes de cet événement ont fait lobjet
denquêtes européennes, lancées par
ETSO et
l'UCTE
àla demande de la Commission européenne, et
françaises, initiées par la Commission de Régulation
de lEnergie et le Gouvernement.
Avertissement : Cette rubrique, fournie
exclusivement à titre dinformation, est basée
sur la chronologie des événements perçue
par RTE sur le réseau français, complétée
des informations résultant du rapport final de lUCTE
sur lincident du 4 novembre 2006.
Que s'est-il passé sur le réseau
européen ?
Une manuvre planifiée sur le réseau, puis
anticipée sans préparation adéquate
Le 4 novembre 2006, à 21h38, E.ON Netz, l'un des quatre
gestionnaires des réseaux allemands de transport d'électricité,
a mis hors service la ligne 400 000 volts Diele-Conneforde
qui enjambe au Nord de l'Allemagne, la rivière Ems
pour laisser passer un navire. Cette manuvre a déjà
été réalisée par le passé,
programmée et simulée par E.ON Netz en concertation
avec les gestionnaires des réseaux voisins, l'allemand
RWE TSO et le néerlandais TenneT.
Cette manuvre a été planifiée
initialement le 5 novembre de 01h00 à 05h00 du matin.
Le changement d'horaire de la manuvre, avançant
la mise hors tension de la ligne le 4 novembre vers 22h00,
a été accepté par E.ON Netz le 3 novembre
2006. E.ON Netz a communiqué cette modification aux
autres gestionnaires de réseau impliqués dans
la manuvre 2 heures 30 avant le début des opérations.
Les gestionnaires de réseau de transport concernés
ont accepté la coupure de la ligne dans les conditions
du nouveau créneau horaire tout en considérant
que les conditions prévisionnelles de flux d'électricité
sur le réseau étaient différentes de
celles du 5 novembre matin et que le réseau électrique
serait chargé le 4 novembre au soir.
Entre 21h38, heure de mise hors tension de la ligne enjambant
l'Ems et 22h08, les gestionnaires de réseaux de transport
contrôlant les flux dans la région Nord de l'Allemagne
(RWE TSO et E.ON Netz), ont constaté que le réseau
électrique de cette zone était extrêmement
chargé et que les limites de sécurité
étaient atteintes puis dépassées.
A 22h10, après avoir réalisé une estimation
empirique des mesures de correction à effectuer sur
le réseau, sans calcul de flux, E.ON Netz a décidé
d'effectuer une modification du schéma d'exploitation
électrique au poste de Landesbergen. E.ON Netz attendait
de cette manuvre une réduction des flux de puissance
sur la ligne reliant les postes de Landesbergen et Wehrendorf.
Or, cette manuvre a conduit à augmenter le flux
de puissance sur cette ligne et à sa déconnexion
suite au fonctionnement du système de protection automatique
des lignes. Suite à la déconnexion de cette
ligne, reliant les postes de Wehrendorf et de Landesbergen,
les flux d'électricité se sont instantanément
répartis sur les lignes restantes dans le Nord de l'Allemagne.
Celles-ci, par effet de saturation, se sont automatiquement
déconnectées par un phénomène
de cascade. De nombreuses lignes en Allemagne, en Autriche,
en Hongrie et en Croatie sont alors automatiquement mises
hors service les unes après les autres selon un effet
de " dominos ", sous l'action d'automates de protection
du fait de flux supérieurs aux limites de sécurité.
A 22 heures 10 minutes et 30 secondes, le réseau européen
se trouve alors divisé en trois zones déconnectées
les unes des autres :
- La zone Ouest (partie Ouest de l'Allemagne et de l'Autriche,
Slovénie, Benelux, Suisse, France, Espagne, Italie,
Portugal, partie de la Croatie) ;
- La zone Nord-Est (partie Est de l'Allemagne et de l'Autriche,
Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie)
;
- La zone Sud-Est (Grèce, Albanie, Macédoine,
Bulgarie, Serbie, Monténégro, Bosnie-Herzégovine,
Est de la Croatie, une petite partie de la Hongrie).
L'interconnexion entre l'Espagne et le Maroc sest à
son tour mise hors service, pour protéger le système
électrique du Maghreb.
Des situations de déséquilibre
entre offre et demande d'électricité à
22h10 après la séparation du réseau européen
en 3 zones.

Alors que le réseau européen respectait une
des exigences fondamentales des systèmes électriques
avant l'incident, à savoir l'égalité
instantanée entre la production et la consommation
d'électricité à la fréquence de
50 Hertz, l'éclatement en trois zones place certaines
dentre-elles en fort déséquilibre.
Dans la zone Nord-Est, la production d'électricité
se trouve supérieure (plus de 10 000 MW ) à
la consommation d'électricité, ce qui entraîne
une augmentation instantanée de la fréquence
du réseau au-delà de 51 Hertz.
Dans la zone Ouest, où se situe la France, une insuffisance
de production de plus de 9 000 MW fait chuter la fréquence
du réseau à 49 Hertz.
Dans la zone Sud Est, la production délectricité
présente un manque de 700 MW entraînant une sous-fréquence
de moindre ampleur à 49,7 Hertz.
Du fait des excursions de fréquence importantes, une
partie significative des groupes de production raccordés
aux réseaux de distribution sest déconnectée
du réseau suite au fonctionnement de leurs systèmes
de protection. En effet, ces moyens de production qui se sont
progressivement installés ces 20 dernières années
répondent pour la plupart à des standards de
fonctionnement moins contraignants que les groupes de production
directement raccordés aux réseaux de transport
(plages de fréquence et de tension pour lesquelles
les groupes doivent rester connectés au réseau).
Ainsi, dans la zone Ouest, plus de 10 000 MW de production
raccordée aux réseaux de distribution (dont
près de 5 000 MW de production éolienne) se
sont déconnectés du réseau, accentuant
encore le déficit de production sur cette partie de
lEurope.
Sur le plan technique, la fréquence doit impérativement
être stabilisée autour de 50 Hertz sur tout le
réseau interconnecté. Tous les groupes de production
doivent en effet fonctionner à ce rythme, de façon
synchronisée, ce qui les " solidarise " les
uns par rapport aux autres.
L'excès de consommation électrique par rapport
à la production d'électricité provoque
le " ralentissement " de ces groupes de production,
qui se traduit par une baisse de la fréquence observée
sur le système électrique. En cas de ralentissement
trop important, ils se déconnectent automatiquement
du réseau. Le déséquilibre entre la consommation
et la production saccroît et, par effet de cascade,
peut conduire à une panne généralisée
: le " black-out ", c'est à dire un effondrement
total du réseau. Cette situation peut parfois nécessiter
de nombreuses heures pour ré-alimenter les consommateurs
délectricité, voire plusieurs jours comme
cela a été le cas aux Etats-Unis en 2003.
La figure suivante illustre ce qui sest produit lorsque
le système électrique européen sest
scindé en 3 zones, reprenant le code de couleur du
précédent schéma.

Les parades, le retour à la normale
Pour rétablir rapidement l'équilibre fondamental
entre la production et la consommation d'électricité
:
Dans la zone Nord-Est, des automates ont réduit, en
quelques secondes, la production d'électricité.
Les gestionnaires de réseau de transport ont également
procédé à des réductions des groupes
de production pour tenter de limiter le déséquilibre
production-consommation ;
Dans la zone Ouest, des automatismes ont interrompu, en quelques
secondes, une partie de la consommation d'électricité.
Environ 10 % de la consommation des pays de la zone Ouest
ont ainsi été coupés, ce qui a permis
dinterrompre la chute brutale de la fréquence
et déviter un " black-out " généralisé.
Les gestionnaires de réseau ont également coordonné
laugmentation de centrales de production pour combler
le déficit soudain doffre permettant de satisfaire
la demande délectricité.
Quel niveau de consommation a été
affecté par les coupures ?
En France, plus de 6 400 MW (1 MW = 1 000 kW) de consommation
d'électricité ont été interrompus,
soit de l'ordre de 12 % de la consommation d'électricité
en France continentale à cet instant. Ces coupures
ont été réparties sur lensemble
du territoire. Ces interruptions d'électricité
ont duré le temps d'accroître la production d'électricité
en France, de restaurer des conditions stables du système
électrique et de débuter la ré-alimentation
de la consommation coupée dès 22h30. A 23h10,
l'ensemble des foyers français était ré-alimenté.
Dans le reste de la zone Ouest : 2 550 MW de consommation
ont été coupés dans lOuest de l'Allemagne,
125 MW dans la partie Ouest de l'Autriche, 2 250 MW en Italie,
2 100 MW en Espagne, 800 MW en Belgique, 1 100 MW au Portugal,
340 MW aux Pays-Bas, 110 MW en Slovénie, 200 MW en
Croatie.
Au total, 15 millions de foyers ont été touchés
en Europe.
En Italie, en Espagne, en Autriche et dans le Sud de lAllemagne,
les pompes électriques remontant l'eau dans les réservoirs
de montagne des centrales hydroélectriques ont été
arrêtées, ce qui a permis d'éviter des
délestages1 supplémentaires de la consommation.
1
Délestages : Interruptions momentanées de la
fourniture de courant électrique d'une partie du réseau.
Comment est-on revenu à une situation
normale ?
La coordination entre gestionnaires de réseau de transport
délectricité européens et la réaction
rapide des gestionnaires des réseaux de distribution
d'électricité et des producteurs ont permis
de revenir rapidement à une situation normale.
En France, la situation a été rétablie
en moins dune heure.
Pour limiter la durée de la coupure, RTE a immédiatement
sollicité une augmentation de la production hydroélectrique,
la plus rapide à mobiliser.
A 22h15, la production des usines hydroélectriques
de Bort, Montézic, Grand Maison, Villarodin, Sarran-Bromat
augmentait de 2 800 MW, suivie à 22h20 par 1 140 MW
venant de Tignes, Super-Bissorte, La Bathie et Monteynard.
A 22h24, la fréquence était rétablie
à 50 Hertz.
A 22h30, RTE demandait aux gestionnaires de réseaux
de distribution de ré-alimenter la moitié des
consommations interrompues. Ces derniers ont ensuite engagé
le processus de ré-alimentation sur leurs réseaux.
A 22h40, RTE demandait aux gestionnaires de réseaux
de distribution la ré-alimentation du reste des consommations
interrompues. La production des usines hydrauliques de la
Durance augmentait de 1 000 MW.
A 22h50, les opérateurs allemands, autrichiens et
croates parvenaient à reconnecter les 3 zones du réseau
européen.
A 23h10, la situation était rétablie en France.
Le démarrage de production et les interruptions de
consommation, tant en France que dans les autres pays de la
zone Ouest, ont contribué à rétablir
la fréquence à sa valeur nominale 50 Hz. Lensemble
de ces actions réalisées pour compenser les
déficits consécutifs à la séparation
du réseau UCTE, se traduisant par le maintien de flux
délectricité importants sur les interconnexions,
ont permis de rétablir une situation stabilisée
dans des délais limités sur lensemble
de la zone Ouest et déviter un écroulement
généralisé sur cette partie de lEurope.
La situation était-elle critique
avant l'incident ?
Le 4 novembre 2006, la consommation d'électricité
des pays européens interconnectés était
relativement faible et typique d'un samedi soir. Plusieurs
centrales électriques étaient à l'arrêt
pour le week-end et le parc de production européen
suffisait très largement à couvrir la demande.
En France, peu avant l'incident, la consommation s'établissait
à 55 700 MW, très loin du record de consommation
d'électricité du 27 janvier 2006 avec 86 280
MW. A 22h10, le bilan pour la France des flux physiques sur
les lignes dinterconnexions avec létranger
était globalement exportateur totalisant environ 5
540 MW.
Cependant, dans le Nord de lAllemagne, suite à
la mise hors tension de la ligne Diele- Conneforde à
21h38, le critère du N-1, essentiel à la conduite
en sécurité du réseau, nétait
plus respecté.
Quest-ce que la règle du
N-1 ?
La règle du N-1 consiste à prévoir quune
ligne peut à tout moment se trouver hors tension et
que le système électrique doit être en
mesure de poursuivre son fonctionnement sans engendrer de
situation non maîtrisée pouvant conduire à
un incident de grande ampleur, voire à un " black-out
". Les flux électriques traversant la ligne soudainement
mise hors tension (par fonctionnement de protections automatiques
par exemple) doivent pouvoir être repris et supportés
par le réseau électrique environnant. Il sagit
dune des règles de conduite essentielle des réseaux
électriques, reconnue par lensemble des gestionnaires
de réseau de lUCTE.
A quoi sert le réseau interconnecté
européen ?
Les réseaux de transport délectricité
nationaux sont interconnectés aux réseaux des
pays voisins par des lignes à très haute tension
(liaisons transfrontalières) qui assurent les échanges
d'électricité entre pays. Initiées avant
la guerre pour garantir la sécurité d'approvisionnement
des pays européens et la solidarité électrique
en cas durgence, ces interconnexions ont eu pour objectif
premier d'assurer un secours mutuel entre les compagnies d'électricité
: la défaillance d'une production pouvant être
compensée à tout moment par d'autres dans des
délais très courts. L'interconnexion des réseaux
de transport Ouest européens a été engagée
au milieu du 20ème siècle et a entraîné
la création de l'UCPTE (Union pour la coordination
de la production et du transport de l'électricité)
devenue en 1999 lUCTE (Union pour la coordination du
transport d'électricité) autour du noyau constitué
par les réseaux français, suisse et allemand.
Elle s'est progressivement étendue à toute l'Europe
continentale et relie aujourd'hui 23 pays.
Cette interconnexion des réseaux européens
améliore la sécurité d'approvisionnement
de la France. Cette solidarité électrique avec
nos voisins joue en effet dans les deux sens. Elle a été
indispensable à la France lors de la pointe de consommation
du 28 février 2005 (86 000 MW dont 3 200 MW couverts
par des importations). Ceci n'empêche pas le solde exportateur
de la France d'être largement excédentaire sur
une année.
Comment sont mis en uvre les délestages
prévus pour faire face à une situation de déséquilibre
?
L'électricité n'étant pas un bien qui
se prête au stockage ou déstockage instantané
de grande ampleur, l'équilibre entre sa production
et sa consommation doit être assuré à
tout instant.
En France, RTE, gestionnaire du réseau de transport
d'électricité, assure la mission d'équilibrer
loffre et la demande délectricité
et la maîtrise des flux d'électricité
sur son réseau. Il garantit ainsi la sûreté
du système électrique national.
En cas de déficit important et prévisible de
production d'électricité, c'est à RTE
qu'il revient d'organiser, si nécessaire, des délestages
avec les gestionnaires des réseaux de distribution.
Les délestages consistent à interrompre momentanément
la fourniture d'électricité à une partie
des consommateurs afin de circonscrire un déséquilibre
et d'éviter un effondrement complet du système
électrique (" black-out "). Il s'agit dans
ce cas d'une manuvre préventive similaire au
fait de débrancher une machine, dans un logement, quand
trop d'appareils électriques fonctionnent en même
temps pour éviter que le système entier ne disjoncte.
Cette manuvre est exécutée par les gestionnaires
de réseaux de distribution, avec lesquels RTE coopère
étroitement.
Que se passe-t-il lorsque la situation
de déséquilibre doit être enrayée
rapidement ?
En cas de déficit important de production d'électricité
(dû par exemple à une panne de grande ampleur
de centrales de production ou des événements
du type de celui rencontré le 4 novembre 2006) entraînant
une dégradation rapide du système électrique
devant être stoppée en quelques secondes, un
gestionnaire de réseau n'a pas le temps d'agir. Etant
donné qu'il n'est pas possible d'augmenter quasi-instantanément
la production injectée sur le réseau (en ouvrant
par exemple des vannes de barrages, ce qui nécessite
plusieurs minutes), des délestages automatiques sont
réalisés pour enrayer rapidement la situation
et éviter un " black-out " généralisé
de lensemble du réseau français, voire
au-delà des frontières.
Les réseaux électriques d'Europe continentale
sont équipés d'automates qui, dès que
la fréquence chute à 49 Hertz ou en dessous,
coupent instantanément une partie de la consommation
afin de sauvegarder la plus grande partie possible de l'alimentation
des pays.
De tels automates équipent en France les réseaux
de distribution d'électricité, qui alimentent
la grande majorité des consommateurs, et certains sites
industriels directement raccordés au réseau
public de transport. Ils sont programmés pour agir
de manière graduelle, en fonction dimpératifs
élaborés par les pouvoirs publics (pour préserver
des fournitures vitales et prioritaires, comme les hôpitaux)
et répartis uniformément sur lensemble
du territoire. Tous les consommateurs sont ainsi traités
de manière identique et non-discriminatoire, sauf pour
les sites classés " prioritaires " par l'arrêté
ministériel du 5 juillet 1990, modifié en janvier
2005.
Une fois l'incident maîtrisé, RTE coordonne
avec les gestionnaires de réseaux de distribution la
ré-alimentation progressive des consommations interrompues.
Lors de la panne électrique du 4 novembre 2006, depuis
la cascade de déconnexion des lignes initiée
dans le Nord de lAllemagne jusquà la restauration
du système électrique européen interconnecté,
RTE a respecté les attendus émis par lUCTE
(" Operational Handbook "). RTE a mis en uvre
les dispositions adéquates permettant de limiter limpact
de cet événement hors norme, préservant
le réseau français dun écroulement
généralisé.
Quelles sont les causes de lincident
identifiées dans le rapport final de lUCTE ?
LUCTE a publié le 30 janvier 2007 son rapport
final sur lincident du 4 novembre. Il est disponible
sur son site internet (www.ucte.org).
Rapport
final de lUCTE concernant la panne électrique
du 4 novembre 2006
L'UCTE pointe les deux causes principales suivantes :
- "La règle du N-1 n'a pas été
respectée : quand E.ON Netz a décidé
de réaliser la mise hors tension de la ligne Conneforde
- Diele à un horaire différent de ce qui était
initialement prévu, il ne s'est pas assuré
à l'aide de simulations précises que le réseau
était exploité en sécurité ;
seule une estimation empirique de la situation a été
réalisée. Les résultats des calculs
de sécurité réalisés au cours
de l'enquête ont montré que la règle
du N-1 n'avait pas été respectée sur
le réseau d'E.ON Netz y compris sur quelques lignes
le reliant à des gestionnaires de réseau voisins."
- "La coordination entre E.ON Netz et ses voisins
pendant l'événement a été inadaptée
: la mise hors tension de la ligne Diele-Conneforde était
initialement prévue le 5 novembre entre 01h00 et
05h00 et avait été préparée
en coordination avec les gestionnaires de réseau
de transport concernés (E.ON Netz, TenneT et RWE
TSO). Le changement d'horaire de cette manuvre a été
communiqué très tardivement aux autres gestionnaires
de réseau par E.ON Netz et les conséquences
de ce changement n'ont pas été suffisamment
anticipées. Enfin, E.ON Netz n'a pas accordé
suffisamment d'attention au fait que les réglages
des protections des lignes électriques contre les
courants excessifs n'étaient pas les mêmes
sur son réseau et sur celui de RWE TSO (sur la ligne
Wehrendorf - Landesbergen), alors que cette information
était capitale au regard du flux de puissance très
important acheminé sur cette ligne."
LUCTE distingue par ailleurs des facteurs défavorables
dans le déroulement de lincident et le rétablissement
rapide de la situation :
- Le comportement des unités de production : "
- Pendant lincident, un volume significatif d'unités
de production raccordées aux réseaux de distribution
sest déconnecté du réseau suite
au fonctionnement de leur système de protection en
raison de la chute de la fréquence dans la zone Ouest
du réseau UCTE. Ceci a contribué à
la détérioration des conditions de fonctionnement
du système électrique et à retarder
le retour du système à des conditions normales;
- En outre, la majorité des GRT n'avait pas accès
aux données temps réel des unités de
production connectées au réseau de distribution.
Ceci ne leur a pas permis d'évaluer au mieux les
conditions de fonctionnement du système électrique
dans son ensemble;
- Par ailleurs, dans la zone Nord-Est, la re-connexion non
contrôlée des unités de production raccordées
aux réseaux de distribution a conduit à des
situations très critiques et au besoin de délai
supplémentaire pour retrouver une exploitation sûre
du système électrique;"
- Les moyens daction limités pour gérer
les congestions du réseau : "En Allemagne, les
GRT doivent prendre différentes sortes de mesures
pour gérer les congestions et les situations critiques
comme indiqué dans la loi Energie et transposé
dans des procédures internes : mesures associées
au réseau (ex : changement des schémas dexploitation),
mesures associées au marché (ex : changement
des programmes de production des groupes) et autres ajustements
pour la gestion des situations critiques (ex : réduction
des échanges entre GRT). L'adéquation et l'efficacité
de telles mesures ne garantissent pas toujours la gestion
appropriée de certaines conditions dexploitation
comme celle du 4 novembre 2006."
- La coordination entre les gestionnaires de réseau
de transport et de distribution pour la mise en uvre
des plans de défense et de re-lestage de la consommation
: "Dans certaines zones de contrôle, la ré¬-alimentation
des clients a été initiée par les gestionnaires
de réseaux de distribution sans connaissance appropriée
de la situation de lensemble du système électrique
UCTE ; certains d'entre eux ont commencé à
reconnecter des clients sans coordination avec leur gestionnaire
de réseau de transport. Ceci a rendu plus difficiles
les conditions permettant aux gestionnaires de réseau
de transport de ramener de façon contrôlée
le système à une situation normale."
- la phase de re-synchronisation de lensemble du
réseau électrique européen interconnecté
"Les actions prises par les gestionnaires de réseau
de transport pendant la phase de re-synchronisation n'étaient
pas totalement coordonnées. Il y a eu plusieurs tentatives
infructueuses de remise en service de lignes dinterconnexion
et de re-synchronisation des trois zones avec seulement
une vue partielle de létat de lensemble
du réseau." ;
- La formation des dispatchers (opérateurs gérant
en temps réel les réseaux de transport) :
"Bien que la formation des dispatchers soit bien développée
depuis plusieurs années pour les situations associées
aux conditions dexploitation de la zone de contrôle
interne des GRT, les incidents provenant des réseaux
externes et affectant un GRT sur son propre réseau
ne font pas toujours lobjet de formation. La formation
commune sur simulateur avec les GRT voisins n'est pas encore
une pratique courante."
Par ailleurs, de nombreuses enquêtes ont également
été diligentées par les pouvoirs publics
français et communautaires, les autorités de
régulation du marché de lélectricité
dans les pays européens touchés par cet incident
majeur.
Quelles sont les recommandations de lUCTE
?
Dans son rapport final sur lincident du 4 novembre
2006, lUCTE a établi cinq recommandations à
mettre en uvre par tous les gestionnaires de réseau
afin quun tel incident ne se reproduise pas :
1. Préciser et renforcer
les conditions dapplication de la règle du
N-1, en tenant compte en particulier de linterdépendance
croissante des systèmes électriques des différents
pays interconnectés.
2. Définir des principes
partagés par lensemble des GRT interconnectés
permettant de gérer efficacement des incidents de
grande ampleur (plan de défense, de restauration
du système électrique interconnecté).
3. Accroître la coordination
entre gestionnaires de réseau des horizons prévisionnels
jusquau temps réel (analyses de sécurité,
mesures palliatives, échanges de données,
formation des dispatchers
).
4. Développer une plate-forme
déchanges dinformations temps réel
pour scruter le réseau interconnecté.
5. Adapter le cadre réglementaire
pour la production (comportement aux variations de fréquence
et de tension, données de la production raccordée
sur les réseaux de distribution, programmes de production
et changement de programmes
).
Quelle est la procédure en cas
de non-respect des règles UCTE ?
Une attention particulière est portée au respect
des règles édictées par lUCTE (regroupées
dans le document " Operational Handbook "), qui
sappliquent à chaque Gestionnaire de Réseau
de Transport (GRT) et constituent des obligations juridiques,
sanctionnées au sein de lUCTE en application
du " Multi Lateral Agreement " signé par
lensemble des GRT de lUCTE. Tout écart
aux règles doit être préalablement déclaré
par le GRT concerné et fait lobjet dun
examen au sein de lUCTE quant aux mesures transitoires
mises en uvre par le GRT pour respecter les obligations
en question. Tout écart à ces règles,
non déclaré préalablement, peut faire
lobjet dactions et de pénalités
au sein de lUCTE.
Quels enseignements tire RTE de la panne
du 4 novembre 2006 au niveau français ?
En France, lincident a été
bien maîtrisé par les opérateurs de RTE.
En quelques instants, les systèmes de délestage
automatique de notre réseau ont parfaitement fonctionné,
permettant ainsi déviter un écroulement
complet de notre réseau. La réaction rapide
de RTE et la coordination avec les gestionnaires de réseaux
de distribution et les producteurs ont permis de revenir rapidement
à une situation normale en moins dune heure.
La fréquence a chuté à 49 Hz mais le
black-out a été évité.
Ce bilan très positif a été souligné
par la Mission commune dinformation du Sénat
: "Le système électrique national fonctionne
correctement, la sécurité dapprovisionnement
électrique de la France étant aujourdhui
réelle."
Le comportement du système électrique français
a toutefois mis en évidence les principaux points suivants
:
- La nécessité de performances
accrues de la production "décentralisée"
et besoin de connaître en temps réel la production
raccordée sur les réseaux de distribution.
Le déclenchement massif de la production "décentralisée",
raccordée sur les réseaux publics de distribution
(cogénérations, éolien) est un important
sujet de préoccupation. 75 % de cette production
"décentralisée" en France a déclenché
(soit 2000 MW). La non-visibilité par RTE des puissances
injectées sur les réseaux publics de distribution
a été une gêne pour apprécier
létat de léquilibre production
consommation. Dans la perspective de développement
rapide de ces moyens de production, des travaux ont été
engagés avec lAdministration pour que les textes
réglementaires prescrivent pour la production décentralisée,
et en particulier celle dorigine éolienne,
un comportement plus robuste et plus homogène avec
celui des autres types de production lors de perturbation
sur le réseau. RTE travaille aussi avec les gestionnaires
de réseaux publics de distribution à la mise
en place des moyens permettant à RTE de mesurer cette
production et de prévoir son évolution en
fonction des prévisions météorologiques.
Par ailleurs, des moyens ont également été
définis pour permettre à RTE de pouvoir agir
sur cette production en cas dincident nécessitant
des baisses rapides de production.
- La confirmation de la nécessité
du système de délestage automatique de consommation.
Le délestage et le relestage en France a globalement
bien fonctionné. Le délestage en France de
plus de 6400 MW (12 % de la consommation totale soit plus
de 5 millions de foyers touchés et plus du double
de personnes touchées) a fortement contribué
à éviter un black-out généralisé
de la zone Ouest du réseau européen, liée
au déséquilibre brutal entre production et
consommation. La coordination entre gestionnaires de réseaux
de transport et de distribution est cruciale. Des travaux
sont menés avec les gestionnaires de réseaux
publics de distribution pour fiabiliser encore plus ce dispositif.
- Le comportement satisfaisant de la
production de grande puissance raccordée sur le Réseau
Public de Transport. Aucun déclenchement de
groupes de production nucléaire, thermique à
flamme ou hydraulique na été relevé.
Le démarrage rapide sur ordre de RTE de 4000 MW de
production hydraulique en une dizaine de minutes a permis
dengager rapidement les relestages de consommation.
Des analyses ont été menées avec les
producteurs pour revisiter les comportements à attendre
des groupes de production et de leurs opérateurs
lors de tels régimes dincident.
Quels enseignements tire RTE de la panne
du 4 novembre 2006 au niveau européen ?
RTE, qui a contribué activement aux différentes
enquêtes (UCTE, etc.), partage le diagnostic posé
par lUCTE dans son rapport final. Le point essentiel
est le nécessaire renforcement de la coordination entre
gestionnaires de réseau de transport délectricité.
Dans la conduite même du réseau européen
interconnecté, les opérateurs de RTE travaillent
déjà au quotidien avec leurs homologues étrangers.
Un meilleur partage des codes techniques est primordial, de
manière à ce que, en cas de situation exceptionnelle,
les différents gestionnaires de réseau puissent
immédiatement savoir de quoi il s'agit. La prévention
par la formation doit aussi se développer, en améliorant
les outils qui permettent une simulation des situations de
crise.
Même si lincident du 4 novembre 2006 nest
pas dû à une insuffisance doffre au regard
de la demande délectricité sur lensemble
de lEurope, la réalisation dun "bilan
électrique européen", à lidentique
de ce que RTE fait déjà au niveau français,
apparaît inévitable pour anticiper à long
terme léquilibre européen entre lévolution
de la consommation et de la production délectricité.
Enfin, le développement des interconnexions électriques,
qui mutualisent les moyens de production mobilisables, est
un élément de la sécurité électrique
dans les prochaines années. Ce développement
doit aller de pair avec celui des moyens de production. Lajustement
de loffre à la demande est en effet le préalable
au bon fonctionnement des échanges.
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