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1910 à nos jours,
une histoire d’exception

En matière d’électricité, il n’est pas envisageable aujourd’hui de priver le client de la continuité de service. Éviter les coupures, maintenir un haut niveau de disponibilité des installations, garantir la sécurité des agents et des tiers, s’adapter sans cesse aux évolutions techniques, tels sont les enjeux des travaux sous tension. Invisibles aux yeux des utilisateurs, ceux-ci sont désormais incontournables et font partie intégrante de la conception des réseaux de transport et de distribution d’énergie électrique. Les méthodes et les outils développés en France pour les mener à bien sont le fait d’une entité unique, un centre d’expertise dont l’unité a toujours été préservée, de sa création au sein d’EDF à son rattachement à RTE : SERECT. Née au début des années 1960, l’histoire des travaux sous tension français n’a cependant rien d’un long fleuve tranquille. Voici un récit marqué par l’innovation et l’audace, et ponctué d’avancées spectaculaires.

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1840-1956
De l’épopée des linemen à la naissance des TST

Intervention en basse tension, États-Unis, années 1930
Intervention sous tension en basse tension, États-Unis, années 1930.
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Camion d’intervention sous tension de la Commonwealth Edison Company, États-Unis, années 1920.
Camion d’intervention sous tension de la Commonwealth Edison Company, États-Unis, années 1920.
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Intervention sous tension en basse tension. États-Unis, années 1950-1960.
Intervention sous tension en basse tension. États-Unis, années 1950-1960.
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L’EXPÉRIENCE DES PAYS ÉTRANGERS

Le fait que certains pays aient développé très tôt les méthodes d’intervention sous tension tient à différents facteurs et circonstances particuliers.

Les États-Unis

À partir de 1840, l’expansion importante du télégraphe utilisant l’électricité voit la construction de nombreuses lignes sur poteaux bois à travers les États-Unis. Le terme « lignard » (linemen en anglais) est alors utilisé pour désigner ceux qui installent ces poteaux bois et connectent les fils conducteurs. Il est également utilisé pour qualifier ceux qui interviennent au début de l’électrification dans les années 1890. Pour autant, le travail sur les réseaux électriques apparaît comme bien plus périlleux à cause du risque d’électrocution. Ce travail est alors considéré comme le métier le plus dangereux qui soit. Le fait est que les réseaux appartiennent à de multiples sociétés privées qui, pour des motifs commerciaux, doivent tirer le meilleur parti de leurs ouvrages en évitant le plus possible les coupures de longue durée. Les tout premiers travaux sous tension débutent dans les années 1910 aux États-Unis. Il est rapporté qu’un certain nombre d’outils artisanaux fixés en extrémité de bâtons en bois sec étaient utilisés pour ouvrir des sectionneurs sous tension. À partir de 1918, la société TIP Tool, basée dans l’Illinois, commence la fabrication de toute une gamme d’outils permettant l’intervention à distance sur des réseaux électriques basse tension sans couper la tension. L’idée de disposer d’outils universels avec embouts interchangeables naît alors pour la réalisation de toute une panoplie d’opérations courantes. À partir de 1920, les premiers travaux sur le 22 kV sont entrepris et dès 1930, les travaux sur le niveau de tension 66 kV sont possibles. En 1937, la société AB Chance rachète la compagnie Tip Tool et continue de produire et de développer un large éventail d’outils et d’équipements adaptés à des niveaux de tension toujours plus élevés. En parallèle, le souci grandissant de la sécurité des « linemen » aboutit à la formation du premier syndicat de la profession. Cela a notamment permis dans les années 1930 l’établissement des premières normes de sécurité et des premiers programmes de formation. L’amélioration des outils et des équipements de protection devient petit à petit une préoccupation majeure même si le niveau de protection reste encore à cette époque très succinct. En 1938, une opération sous tension est réalisée sur un réseau 110 kV et en 1948, la première opération de changement de colonne de suspension est réalisée à Hoover Dam en 287 kV. Les progrès rapides font que les premières interventions en 345 kV sont possibles en 1955. À partir de 1959, le tube en bois est remplacé par un tube de résine creux renforcé de fibres de verre époxy unicellulaires, rigide et rempli de mousse de polyuréthane. Ce produit et son procédé de fabrication ont été développés par un ingénieur des plastiques chez AB Chance. Cette évolution sera décisive et marquera une étape importante dans le développement et la fiabilisation des matériels TST. En 1964, les premières opérations sont réalisées sur les niveaux de tension 500 kV et 765 kV aux États-Unis et au Canada.

La Suède

C’est en Suède, où l’éloignement entre les usines de production et les centres de consommation impose des transports à longue distance, qu’il faut assurer en permanence avec une continuité de service absolue. La technique des travaux sous tension sera développée à partir de 1950. Les travaux exécutés comprennent le contrôle d’isolateurs, le changement de chaînes d’isolateurs, l’installation d’amortisseurs de vibrations et le remplacement d’anneaux de garde sur des lignes 130, 220 et 380 kV. Le principe de réalisation est le même qu’aux USA. Les ouvriers montent sur les pylônes et travaillent à distance au moyen d’outils isolants.

La Russie

C’est la Russie, enfin, qui a dû faire face à un développement industriel rapide sur un territoire extrêmement étendu, avec un équipement réduit au minimum. Les premiers travaux sous tension en URSS ont été réalisés au cours de la dernière guerre, dans le but de maintenir en activité les industries de base, malgré les destructions subies. Un règlement très strict a été élaboré par le ministère des centrales électriques, en liaison avec les syndicats. Les résultats obtenus ont conduit à développer considérablement ce genre de travail, qui devient d’un emploi tout à fait courant, puisque la moitié environ des travaux d’entretien est exécutée sous tension. Afin de mettre au point des modes opératoires applicables à des ouvrages très hétérogènes, la solution la plus originale qui est trouvée consiste à porter un opérateur isolé du sol au potentiel du conducteur, ce qui lui permet de travailler directement sur les parties sous tension avec des outils normaux. On n’a plus besoin dans ces conditions de manipuler à distance un outillage isolant spécial, ce qui élargit considérablement la gamme des opérations exécutables. •

Publicité Salisbury pour des matériels isolants, États-Unis.
Publicité Salisbury pour des matériels isolants, États-Unis.
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1956-1959
Les missions d’exploration

Publicité : Profitez de tous ces appareils électriques. Le compteur bleu les fera travailler pour vous.
Promotion du compteur bleu, années 1960.
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NE COUPEZ PAS !

La France d’après-guerre s’attelle à sa reconstruction. Ses besoins énergétiques sont immenses après des années de pénurie. Conjuguant intérêt collectif et monopole, elle nationalise ses différentes sociétés d’électricité — de production, de distribution aussi bien que de transport. En 1946, Électricité de France voit ainsi le jour. Le nouvel établissement public a fort à faire. La consommation d’électricité est exponentielle à partir des années 1950. L’énergie électrique, par suite de son développement dans tous les secteurs d’activité (artisanale et industrielle), aussi bien que dans les foyers domestiques, apparaît de plus en plus liée à la vie moderne, et même indispensable à celle-ci pour certains de ses usages. Cette dépendance rend la clientèle de plus en plus sensible aux coupures de courant, quelle qu’en soit la cause.

L’amélioration de la continuité de service est donc devenue un souci croissant de tous les distributeurs d’énergie électrique et la raison première de la mise au point et du développement des travaux sous tension, qui permettent de réduire les coupures de courant pour travaux.

EDF LANCE UNE MISSION D’ÉTUDES DES TRAVAUX SOUS TENSION

Statistiquement, en 1957, les interruptions de service se répartissent en gros par moitié entre les coupures de courant pour travaux et celles dues aux incidents d’exploitation. Ces coupures sont autant de gêne pour les clients, dont la sensibilité à la qualité de fourniture va croissant. EDF décide donc le lancement de missions exploratoires dans les pays qui pratiquent déjà cette technique, notamment les USA, l’URSS et la Suède. L’objectif est d’examiner dans quelles conditions ces travaux sont réalisés et d’étudier la manière dont ils pourraient être transposés en France. Dans la continuité de la démarche engagée trois ans plus tôt, EDF crée le 14 septembre 1960 le Comité technique d’études des travaux sous tension, composé de représentants de la Distribution, de la Production, du Transport, de la Recherche & Développement et de la Formation professionnelle dont on pressentait déjà le rôle très important. Par la suite, le ministère en charge de l’Énergie déléguera un représentant au sein de ce comité. Pour aborder les TST, les deux directions intéressées : direction de la Distribution et direction de la Production et du Transport, constituèrent, en accord avec la direction générale, des groupes de travail. La direction de la Distribution créa un groupe BT et un groupe MT. La direction du Transport créa le groupe HT. Ces groupes sont chargés de synthétiser les informations issues des missions d’exploration et de démarrer le travail sur le développement de méthodes et outils adaptés au réseau français. •

Interventions TST, URSS, 1958.
Intervention TST, URSS, 1958.
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1960-1970
Le temps des pionniers

Intervention sous tension à distance sur réseau moyenne tension, 1966.
Intervention sous tension à distance sur réseau moyenne tension, 1966.
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Intervention sous tension à distance sur réseau moyenne tension, 1966.
Intervention sous tension à distance sur réseau moyenne tension, 1966.
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Rapport annuel du Comité technique, 1963.
Rapport annuel du Comité technique, 1963.
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Instruction générale provisoire, 1965.
Instruction générale provisoire, 1965.
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Les premières études sur les méthodes et outils étant concluantes, apparaît bien vite la nécessité d’un organisme dont le rôle serait de matérialiser les conclusions de ces premières études et d’expérimenter les solutions auxquelles elles conduiraient. Sur la proposition du président du Comité technique d’études des TST, la direction générale d’EDF créa le 6 juin 1962 la Section d’Études, de Réalisation et d’Expérimentation du Comité Technique (SERECT), placée sous son autorité et à laquelle fut confié le soin de mettre au point des méthodes de travail sous tension, l’outillage nécessaire à leur réalisation et la rédaction des modes opératoires. La SERECT, ce sont au départ quelques personnes seulement pour démarrer une activité d’étude et d’expérimentation pour les TST. Les premiers travaux se fondent sur une analyse de la réglementation, des méthodes de travail, normes, conditions de vérifi cation du matériel et conditions de formation du personnel. De nombreux textes sont traduits, en grande partie venant des États-Unis. La démarche est progressive et la première étape consiste à transposer les méthodes déjà utilisées dans les pays visités au cours des missions d’exploration pour les adapter au réseau français. Pour certaines opérations sur les lignes à haute tension, la SERECT s’est assurée le concours de démonstrateurs envoyés par des constructeurs de matériels américains comme Chance, Kearney ou Holan. Tout est à inventer pour imaginer les méthodes opératoires, les essais à effectuer sur les matériels, etc. La SERECT s’installe début 1963 dans des locaux de l’ancienne centrale de Mulhouse mise à disposition par la direction régionale et le centre de Distribution de Mulhouse, ce qui marque définitivement l’ancrage de la SERECT dans cette région.

LES PIONNIERS À L’ŒUVRE

Par la suite, un réseau expérimental est établi sur l’île d’Ottmarsheim. Il sert à la fois à l’élaboration des modes opératoires et à la formation du personnel. Un réseau 63/90 kV comprenant 6 pylônes, 2 poteaux bétons, 2 poteaux bois haubanés et un portique béton est terminé en juin 1964. Les dix pylônes devant supporter les lignes 220 et 380 kV sont levés cette même année. À partir de 1965, deux lots de modes opératoires sont élaborés par la SERECT et approuvés par le Comité :

• Un premier lot de 12 modes opératoires couvrant une gamme courante d’opérations de branchement BT.

• Un deuxième lot de 28 modes opératoires couvrant une gamme étendue d’opérations courante sur le réseau THT. En parallèle, la formation est engagée à Ottmarsheim au bénéfice de 10 centres de distribution pour la BT et de deux CRTT (Centres Régionaux de Transport et de Télécommunications) pour la HT sur la base des modes opératoires approuvés. Les équipes sont ensuite formées pour l’exécution systématique des TST sur les réseaux en exploitation. L’entrée en application de ces nouvelles méthodes a suscité un grand intérêt de la part de tout le personnel. Les Comités d’Hygiène et Sécurité (CHS) se sont pleinement associés à cette expérimentation élargie et la commission de coordination des CHS a apporté elle-même une contribution à l’élaboration des textes de base. Les travaux sous tension connaissent alors une évolution rapide avec les différentes étapes suivantes :

• 1965 : lancement des travaux TST en HT et THT à distance sur les lignes.

• 1967 : lancement des travaux TST en THT au potentiel sur les lignes.

• 1965-1969 : extension de la formation BT à tous les centres de distribution.

• 1967-1975 : extension de la formation MT à tous les centres de distribution.

• 1969 : formation des premières équipes MT pour travaux par la méthode du travail à distance.

• 1969 : lancement des premières expérimentations travaux au potentiel en MT.

Réseau d'instruction BT à Ottmarsheim, 1966.
Réseau d’instruction BT à Ottmarsheim, 1966.
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LES MATÉRIELS ET OUTILS

Les diverses équipes de la SERECT ont été dotées au cours de l’année 1964 d’un outillage assez complet. Les équipes THT ont principalement reçu du matériel venu des États-Unis. Les démonstrateurs de ce pays ont prouvé que presque tous leurs outils isolants pouvaient fort bien être utilisés tels quels sur les réseaux EDF. Toutefois, la SERECT a été conduite à créer certains accessoires spéciaux. En HT, le matériel américain est relativement mal adapté aux conditions de nos réseaux, c’est pourquoi un certain nombre d’outils ont dû être modifiés. L’équipe BT ainsi que les centres pilotes disposent d’un outillage entièrement français, à l’exception de la perche à crochet importée d’Amérique. La SERECT développera par la suite une perche mieux adaptée aux problèmes posés par le travail sous tension BT. Sur le vêtement isolant, des travaux ont été engagés dès l’année 1964, avec la difficulté à concilier les performances techniques souhaitées et les besoins ergonomiques pour les monteurs (transpiration, chaleur…).

LA RÉGLEMENTATION EN FRANCE

En 1960, la réglementation du travail concernant la distribution d’énergie électrique en France est fixée par un arrêté ministériel datant de 1927, dont les dispositions ont été développées par l’Union Technique de l’Électricité (UTE) sous le nom de publication UTE 513. Cette publication interdisait le travail sous tension sur les ouvrages à tension supérieure à 433 volts entre phases et ne l’admettait que d’une façon restrictive sur les ouvrages à tension inférieure à cette limite. En 1962, le décret 62-1454 du 14 novembre, relatif à la protection des travailleurs dans les établissements qui mettent en œuvre des courants électriques, prévoit, dans son article 50, les travaux sous tension comme un cas exceptionnel et préconise les travaux hors tension. Dès 1963, le Comité technique met à l’étude une « charte des travaux sous tension » qui prend rapidement le nom d’Instruction Générale Provisoire (IGP). Le 24 juin 1965, le ministre chargé de l’Énergie électrique approuve ce texte qui constitue une première réglementation ouvrant la voie à une généralisation des TST. Elle entre en vigueur le 1er octobre 1965 pour une durée de 1 an. Le 29 avril 1966, à l’occasion du renouvellement de l’IGP, le ministère de l’Industrie écrit à l’UTE pour lui demander de soumettre à son approbation une IGP de portée générale et non plus limitée à EDF, tenant compte de l’expérience acquise depuis la mise en application de la première IGP. Cette mise au point fut plus difficile que prévu dans la mesure où le premier texte avait été conçu pour EDF, entreprise hiérarchisée, et non pour des régies. Le Comité d’études des TST devient le 1er mai 1966 le Comité des travaux sous tension. Ce changement d’appellation marque la volonté de s’engager vers le développement des TST et leur généralisation progressive. Les missions du nouveau comité étaient précisées comme suit : faire la synthèse des renseignements recueillis à l’étranger, orienter les études des modes opératoires relatifs aux TST, donner son agrément aux modes opératoires et aux matériels spécifiques des TST, ainsi qu’aux programmes de formation du personnel, préparer les projets de textes réglementaires qui apparaitraient nécessaires, ainsi que les consignes générales internes à EDF. •

« L’expérience [des pays étrangers] a prouvé qu’il était moins dangereux de travailler en sachant que le réseau est sous tension et en prenant toutes les précautions nécessaires que de travailler sur un réseau supposé hors tension et consigné. »

Emmanuel Baudier, président du Comité des TST de 1968 à 1972.
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1971-1990
Une nouvelle voie

Publication 520 et exemples de CET et FT, 1971.
Publication 520 et exemples de CET et FT, 1971.
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Intervention à distance sur réseau HTA, Égypte, 1990.
Intervention à distance sur réseau HTA, Égypte, 1990.
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EDF-GDF Département Profor centre d'instruction aux travaux sous tension.
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Laboratoire SERECT, passage au potentiel.
Laboratoire SERECT, passage au potentiel.
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Remplacement sous tension d’un bras de sectionneur HTB.
Remplacement sous tension d’un bras de sectionneur HTB.
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Laboratoire SERECT, passage au potentiel.
Interventions sous tension au contact, à distance et au potentiel, années 1980.
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DE L’ÉCOLE AMÉRICAINE À L’ÉCOLE FRANÇAISE

À l’origine, les opérations réalisées sur les réseaux de transport et de distribution étaient soumises à des modes opératoires de type descriptif : toutes les phases du travail s’enchaînaient suivant un processus imposé. C’est l’école américaine. Il est apparu, à la lumière de l’expérience, qu’une telle solution enfermait les monteurs dans un cadre trop étroit, créait des contraintes parfois excessives et présentait de nombreux inconvénients du fait des réseaux aériens très hétérogènes :

• Obligation de mémoriser un trop grand nombre de modes opératoires.

• Difficulté de distinguer les points essentiels de ceux de moindre importance.

• Diminution de l’esprit d’initiative, « robotisation » du travail. Il s’est donc avéré nécessaire, dans un but de simplification et d’efficacité, de rechercher une autre voie. Celle-ci s’est concrétisée par la mise en œuvre des modes opératoires d’outils dans le respect de règles générales intitulées « Conditions d’Exécution de Travail » (CET), règles qui apportent à la fois la rigueur indispensable à une bonne sécurité et la souplesse nécessaire aux interventions sur des ouvrages divers. Cette nouvelle voie préserve et stimule, par ailleurs, l’initiative des agents, mais nécessite la préparation soignée des travaux. C’est l’école française, qui privilégie une approche active du risque. Elle requiert en outre :

• Une bonne compréhension de la nature des opérations à effectuer et des phénomènes susceptibles d’apparaître, de la réglementation et de ses justifi cations techniques.

• Une bonne connaissance des outils et de leur utilisation.

• Une connaissance complète des moyens de protection, de leur efficacité et de leurs conditions d’emploi.

UN TOURNANT POUR LA RÉGLEMENTATION TST

En 1970, le Comité des travaux sous tension achève la réglementation connue sous le titre d’Instruction générale pour l’exécution des travaux sous tension ; celle-ci est alors transformée en Publication 520 par l’UTE* et approuvée par le ministère du Développement industriel et scientifique le 26 octobre de la même année. Dès lors, elle n’est plus réservée aux seuls usages d’EDF. Cette réglementation s’appuie sur les trois points fondamentaux suivants :

• La mise en œuvre d’un outillage et de matériels agréés conformément à des modes opératoires et des CET approuvés.

• La formation du personnel par un établissement ou organisme agréé par le ministère chargé de l’énergie électrique, suivant des programmes approuvés.

• Le contrôle et la surveillance par la hiérarchie.

UN PREMIER BILAN PROMETTEUR

Rejoignant l’expérience des pays étrangers qui pratiquent les travaux sous tension depuis très longtemps, la France met en évidence le fait que les méthodes de travail sous tension sont le résultat de la convergence de deux préoccupations dominantes pour tout distributeur d’énergie électrique : la sécurité des agents et la qualité de service assurée pour la clientèle.

La pratique de ces méthodes, malgré l’importance des moyens mis en œuvre pour assurer le succès de leur développement, ne constitue pas une technique d’exception mais tout au contraire un moyen normal d’exploitation et d’entretien des réseaux répondant aussi bien à l’attente de la clientèle que des techniciens. Après une dizaine d’années d’expérience, un premier bilan permet de confronter les buts initiaux et les résultats obtenus. Sur la continuité de service, il est incontestable que les TST, à tous les niveaux de tension, ont contribué à l’amélioration de la continuité de service en réduisant aussi bien les coupures pour travaux que les coupures pour incidents. Sur la sécurité du personnel, l’expérience a prouvé qu’il était moins dangereux de travailler en sachant que le réseau est sous tension et en prenant toutes les précautions nécessaires que de travailler sur un réseau supposé hors tension et consigné. Cette amélioration ne résulte pas de la présence de la tension elle-même, mais de tous les facteurs réunis dans le cadre des méthodes de travail sous tension (formation du personnel, préparation de travail systématique, outillage de qualité, surveillance, contrôle). Cette amélioration doit toutefois faire l’objet d’une vigilance permanente, afin d’éviter l’apparition de dérives.

Sur l’organisation du travail, bien que cet aspect du problème n’ait pas été essentiel dans les objectifs initiaux, il apparaît que les TST ont contribué à une meilleure organisation du travail par la programmation qu’ils permettent, la réalisation des chantiers étant peu soumise aux contraintes de l’exploitation. Sur la structure des réseaux, dans ce domaine également les résultats sont appréciables. Les travaux sous tension permettent de différer la réalisation de certains bouclages, d’alléger les équipements en réduisant, par exemple, le nombre des interrupteurs aériens HTA qui peuvent être remplacés par des ponts amovibles.

LES TRAVAUX DANS LES POSTES : UNE SPÉCIALITÉ FRANÇAISE

Dans le monde entier, les TST concernent essentiellement les lignes aériennes. Personne ne s’aventure à travailler ainsi dans les postes à haute tension, lieux extrêmement encombrés où pullulent les barres, les sectionneurs, les câbles, bref autant d’éléments conducteurs répartis dans les trois dimensions. Les opérations réalisées concernent tout au plus du grattage à distance à l’aide d’outils fixés en bout de perches isolantes. Au début des années 1980, la SERECT demande cependant aux exploitants quels travaux ils souhaiteraient pouvoir réaliser dans les postes. Les réponses ne tardent pas. À la sortie de l’usine marémotrice de la Rance, les disjoncteurs subissent une usure accélérée puisqu’ils déclenchent à chaque changement de marée. Or il est impossible de les changer durant l’étale, et couper le courant pendant la production n’est pas envisageable. Dans le poste du Marquis, près de Bordeaux, ce sont les têtes de sectionneurs qui se fissurent. Là encore, pas question de couper le courant pour les remplacer. Le poste est alimenté entre autres par la centrale nucléaire du Blayais. Il faut donc définir des méthodes d’intervention sous tension, essentiellement au potentiel. L’encombrement spatial impose des contraintes importantes sur les gestes possibles et sur les distances de sécurité. La SERECT se lance donc dans des études théoriques poussées pour comprendre la survenue d’arcs et créer finalement une nouvelle manière de calculer les distances de sécurité, en les fractionnant. Ce sera l’objet d’une CET parue en 1985. Dans le même temps, la SERECT développe la Tour Isolante de Positionnement (TIP), nécessaire à la réalisation des travaux au potentiel en poste pour positionner l’opérateur au plus près du lieu de l’intervention. Aujourd’hui encore, les TST dans les postes restent une spécialité française.

LE TEMPS DE L’OUVERTURE À L’INTERNATIONAL

Les progrès croissants de la technique TST dans le monde amènent rapidement EDF à faire le constat que le rayonnement et l’influence de l’école française ne doivent pas seulement s’appuyer sur le seul développement interne mais rapidement s’ouvrir à l’international. C’est l’objet du plan stratégique approuvé par la direction d’EDF qui confirme l’orientation de proposer le plus largement possible le savoir-faire français aux pays qui le souhaitent. C’est le début d’une expansion qui durera plus d’une trentaine d’années. Dès 1973, EDF, qui a développé sa propre approche des travaux sous tension, décide de l’exporter et la propose à l’international ; sa conception même, par l’établissement de règles générales de mise en œuvre (CET), la rend très adaptable. Diverses missions étrangères sont reçues par le Comité des TST : tunisienne, britannique, autrichienne, allemande, scandinave, polonaise. Des liens sont établis avec des ingénieurs tchèques, hongrois, argentins, espagnols et suisses. Les relations privilégiées d’EDF avec des pays d’Afrique et les liens de la France au Proche-Orient notamment sont à l’origine des premiers contrats (Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Sénégal, Île Maurice, Madagascar, Irak…). La vente de matériel TST qui en découle est un atout pour la SERECT vis-à vis de ses fournisseurs, désormais français. L’internationalisation de ses activités conforte la SERECT dans ses missions. Elle connaîtra un nouveau développement, plus actif encore, au milieu des années 1990.

BIEN FORMÉ POUR MAÎTRISER LES RISQUES

La formation a été identifiée dès le départ comme un des points majeurs pour la sécurité des interventions et plus spécifiquement des opérateurs. Les personnes appelées à travailler sous tension doivent avoir reçu une formation spécifique. Cette formation doit être assurée par un établissement agréé par le Comité des travaux sous tension et suivant des programmes approuvés par cet organisme. Les responsables des formations théoriques et pratiques doivent, à l’issue du stage, formuler une appréciation sur l’aptitude de la personne à la mise en œuvre des méthodes de travail enseignées. L’employeur, au vu de cette appréciation et compte tenu des connaissances et du comportement de l’intéressé, peut alors lui délivrer une habilitation travaux sous tension (lettre T) précisant la nature des travaux que l’agent est autorisé à exécuter. La formation aux travaux sous tension n’est autorisée qu’à des personnes ayant satisfait à une visite médicale d’aptitude, faite par un médecin du travail. Les formations en vigueur couvrent tous les domaines de tension. Elles sont nombreuses en basse tension car le spectre des opérations et les besoins sont très divers. À cette période, il existe, en France, une trentaine de centres de formation pour la basse tension, agréés pour les travaux sous tension, dispensant les modules de formation agrées par le Comité des TST. Pour la haute tension, un seul centre, situé à Ottmarsheim, assure les formations de ce domaine. Afin de maintenir à niveau les connaissances des opérateurs, des sessions de recyclage sont prévues et obligatoires. Depuis les premières expérimentations en France, l’un des enjeux des travaux sous tension réside dans la formation, gage de sécurité. Le centre de formation d’Ottmarsheim assure l’ensemble des stages pour la THT et la plupart des stages en MT depuis la fin des années 1960, tandis qu’en BT la formation du personnel d’EDF est dispensée dans des Centres régionaux d’instructions aux travaux sous tension (CRITT). D’autres centres pour la BT formeront ensuite le personnel n’appartenant pas à EDF. À partir de 1974, la SERECT est agréée pour assurer la formation de ses agents et des agents qui lui sont détachés en vue de l’expérimentation en exploitation de nouvelles méthodes de travaux sous tension.

UNE RÉGLEMENTATION QUI ARRIVE À MATURITÉ

En 1982, le décret 82-167 du 16 février, relatif aux mesures particulières destinées à assurer la sécurité des travailleurs contre les dangers d’origine électrique lors des travaux de construction, d’exploitation et d’entretien des ouvrages de distribution d’énergie électrique, confirme le cadre réglementaire s’appliquant aux travaux sous tension. Dans son article 8, il précise qu’un organisme conjointement désigné à cet effet par le ministre du Travail et le ministre chargé de l’Énergie électrique approuve les programmes de formation, agrée les centres de formation, approuve les méthodes de travail et agrée le matériel et les équipements de sécurité spécialement destinés aux travaux sous tension. Par ailleurs, les travaux qui ne peuvent être réalisés conformément à ces méthodes de travail ne doivent pas être exécutés sous tension, sauf s’il s’agit de travaux expérimentaux exécutés par un organisme agréé par le ministre chargé du Travail et par le ministre chargé de l’Énergie électrique pour la mise au point de nouvelles méthodes. C’est la décision interministérielle du 1er juillet 1983 qui désigne le Comité des TST comme l’organisme chargé d’approuver les programmes de formation et d’agréer les matériels et méthodes de travail. La SERECT est, quant à elle, désignée comme l’organisme chargé d’effectuer les travaux expérimentaux.

L’INNOVATION, MOTEUR DES AVANCÉES TECHNIQUES

L’innovation est la source d’un fort développement pour les travaux sous tension en France. Elle repose sur la recherche de nouvelles méthodes et le développement de nouveaux outils. La force de la SERECT est de disposer en propre d’un laboratoire d’essais qui lui permet de tester et de mettre au point ses matériels directement de manière très réactive.

La division Investigation développe et met au point les prototypes dans son atelier. Ces prototypes sont ensuite essayés électriquement et mécaniquement au laboratoire. Après plusieurs itérations parfois, une spécification technique est rédigée qui permet de définir les caractéristiques de l’outil et les essais permettant de vérifier que ces caractéristiques sont respectées. Le prototype est ensuite confié à la division Promotion-Maintenance qui assure le lien avec le terrain. Le prototype est expérimenté sur le réseau par les agents de la SERECT. Cette phase d’expérimentation est primordiale. Elle garantit que l’outil développé correspond effectivement au besoin. Son ergonomie et son mode d’utilisation sont ainsi validés et la Fiche Technique (FT) est rédigée. Elle est ensuite présentée en commission avant d’être agréée par le Comité des TST. •

Les appellations des niveaux de tension

Appellation normalisée depuis 1988Ancienne appellation (d’usage courant)Niveau de tension usuel en France
HTBTrès Haute Tension (THT)400 000 V – 225 000 V
HTBHaute Tension (HT)90 000 V – 63 000 V
HTAMoyenne Tension (MT)20 000 V
BTBasse Tension (BT)400 V – 230 V
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1990-2005
Le développement à l’international

UN DÉVELOPPEMENT STRATÉGIQUE

À l’instar de la décennie précédente, les années 1990 s’ouvrent sur un certain nombre d’avancées technologiques, qui ont trait à la mécanisation des TST et au lancement de travaux héliportés. Au milieu des années 1990, c’est le développement international qui mobilise les énergies et la capacité d’innover de la SERECT, à l’heure où les financements institutionnels enregistrent une baisse importante. Ces axes sont inscrits au plan stratégique de 1995 élaboré par le directeur de la SERECT, Serge Curlier, et seront confirmés dans un second plan stratégique en 1999 ainsi résumé : « Des professionnels reconnus, ouverts et créatifs, font de SERECT une entité à la pointe de la performance et promotrice des TST sur tout type d’installation. Cette dynamique lui confère autorité et attrait en France et à l’international. » Pour accompagner ce développement dont le contexte est favorable, la marque SERECT est déposée et l’entité s’engage sur la voie de la certification ISO 9001 qui représente le standard le plus exigeant en matière de Qualité. Ces deux atouts en poche, SERECT va pouvoir décrocher des contrats à l’international qui contribueront également à favoriser la dynamique de développement en interne. C’est par exemple à travers un contrat avec la Syrie que SERECT va développer le nettoyage sous tension, dont une première application avait été réalisée pour les postes du nord de la France soumis à des pollutions de type salin.

ICOLIM : UNE CONFÉRENCE POUR LES TST

Les présidents des comités réglementaires des TST des cinq pays (France, Hongrie, Italie, Portugal, Espagne) ont décidé au début des années 1990 de promouvoir le développement des méthodes TST en raison des gains qu’elles procurent tant du point de vue de la sécurité des opérateurs que du service rendu pour les clients et des gains financiers pour la collectivité. Pour ce faire, ces cinq pays ont créé une conférence internationale des travaux sous tension, appelée ICOLIM (International COnference on LIve Maintenance) et organisée alternativement dans les cinq pays fondateurs. La première a eu lieu en 1992 en Hongrie, puis en 1994 en France à Mulhouse, en 1996 en Italie, en 1998 au Portugal et en 2000 en Espagne. La notoriété et l’influence de cette conférence se sont progressivement élargies avec l’accueil d’autres membres qui ont rejoint l’association : l’Allemagne, qui a accueilli ICOLIM en 2002, la Roumanie (ICOLIM 2004), la République Tchèque (ICOLIM 2006), la Pologne (ICOLIM 2008), la Croatie (ICOLIM 2011). La prochaine conférence aura lieu en Hongrie en 2014. Cette conférence réunit pendant plusieurs jours plusieurs centaines de spécialistes des TST. Ils ne viennent pas seulement d’Europe mais aussi des États-Unis, du Canada, du Japon ou d’Indonésie. Au menu, des échanges techniques et des démonstrations ; chacun montrant son savoir-faire au travers d’exemples de réalisation.

Bâtiment du SERECT, le Quasar, 1998
Bâtiment du SERECT, le Quasar, 1998.
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SERECT FAIT PEAU NEUVE

En lien avec les nouvelles orientations de SERECT sur la stratégie de développement international, SERECT est en quête de nouveaux locaux, plus conformes à son statut d’organisme de référence des TST et nouvelle tête de pont d’EDF à l’international. Par ailleurs, le projet de la région sur le canal Rhin-Rhône qui va impacter le site ancien de la Minoterie oblige à trouver un nouvel emplacement. Un nouveau bâtiment, le Quasar, a été pensé pour accueillir SERECT. Un hall de démonstration ou showroom est aménagé pour les délégations étrangères. La salle de réunion offre même une vue imprenable sur la toute nouvelle salle du laboratoire, permettant ainsi d’assister en toute sécurité à des essais. Tout est donc pensé pour mettre en valeur le savoir-faire de SERECT et proposer à la vente des prestations dans le domaine des TST. La direction, l’ingénierie et le laboratoire emménagent ainsi dans leurs nouveaux locaux en 1998. Le service Industrie reste sur le site de la Minoterie, l’image du laboratoire de contrôle périodique qui contrôle les camions élévateurs ne correspondant pas au standing du tout nouveau quartier du centre-ville.

Laboratoire SERECT, essai aux limites de la tenue diélectrique sous pluie d’une perche
Laboratoire SERECT, essai aux limites de la tenue diélectrique sous pluie d’une perche.
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« Le service de Mulhouse repense totalement la procédure. Cela débouche, en 1999, sur la définition d’une nouvelle méthode au contact. »

DE LA REMISE EN CAUSE À UN NOUVEAU SOUFFLE

À partir de 1995, une succession d’accidents matériels va remettre en question toute la stratégie des TST en France. En 1995, une perche isolante explose dans le poste de transformation HTB de Bézaumont, en Lorraine. Un incident apparemment sans gravité puisque personne n’est présent. On se contente donc de supprimer le type de perches incriminées dans les postes. Le 30 janvier 1997, cependant, deux barres de diagonales d’une Tour Isolante de Positionnement (TIP), constituées comme les perches mises en cause précédemment, explosent dans le poste de Boismorand près d’Orléans. Le personnel présent est assourdi et légèrement brûlé. Que s’est-il passé dans les deux cas ? Pourquoi un arc s’est-il déclenché ? SERECT scrute les perches, pourtant bien connues, et étudie les contraintes que leur géométrie impose au champ électrique. Après de nombreuses études et investigations, il apparaît que le problème se situe à la jointure entre le matériau isolant du tube et le métal de l’outil ou des articulations des TIP. Une mauvaise répartition du champ électrique est à l’origine de la création d’arcs qui peuvent conduire à des défauts se propageant à l’intérieur du tube. La solution viendra d’une géométrie différente des bagues métalliques tenant les outils, ou d’articulations de TIP en matériau isolant. Les années qui suivent voient le rapatriement puis la « re-conception » des outils en jeu et le lancement d’importantes études en Recherche & Développement. Celles-ci permettront de comprendre les faits et ouvriront également la voie aux travaux sous pluie.

À la même époque, les équipes travaillant en HTA commencent à « dériver ». Elles sont censées utiliser la méthode C3M, qui combine les trois techniques d’approche. Cela implique cependant de supporter le harnachement propre à la méthode du contact, en particulier les très inconfortables manchettes en latex, pendant toute la durée du chantier, y compris lors des phases de travail au potentiel où l’on pourrait s’en passer. Résultat : les équipes privilégient la technique du potentiel, même lors de tâches pour lesquelles il est recommandé de travailler au contact. Cela se traduit, en août 1997, par un accident mortel au Havre. La direction d’EDF-GDF Services demande à SERECT de supprimer la méthode au contact.

En fait, le service de Mulhouse repense totalement la procédure. Cela débouche, en 1999, sur la définition d’une nouvelle méthode au contact — donc une nouvelle CET — et l’introduction de nouveaux gants longs isolants qui remplacent le harnachement précédent.

Suppression sous tension d’un point chaud sur un raccord de barre 225kV
Suppression sous tension d’un point chaud sur un raccord de barre 225kV
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À LA FORCE DES BRAS

Ces décennies sont en particulier celles de la mécanisation des TST. La raison en est toute simple : certes, on dispose des méthodes et équipements nécessaires pour toutes les interventions demandées, mais les travaux restent très pénibles pour les opérateurs. Une étude réalisée par des médecins du sport montre qu’ils déploient quotidiennement des efforts comparables à ceux d’un sportif lors d’une compétition ! Tout en devant maintenir un niveau très élevé de concentration… Dès lors, la voie est toute tracée. Il faut installer des aides mécaniques partout où cela est possible. Ce qui implique, chaque fois, une étude complète et la validation par le Comité des TST. C’est ainsi que, durant cette période, on voit apparaître des treuils et des moteurs sur des équipements auparavant manœuvrés à la force des bras. L’échelle de corde isolante, sur laquelle l’opérateur devait grimper, est remplacée par une échelle à palan, rigide, qui hisse elle-même l’intervenant. Si les sièges à bascule ou à poutre, utilisés pour le travail au potentiel à partir d’un pylône, restent les mêmes, ils ne sont plus manœuvrés par un collègue à l’aide d’une corde mais mus par un treuil. Dans les postes, la TIP que l’on montait couchée, redressait avec des cordes, puis déplaçait en la poussant sur ses roulettes, est désormais soulevée et déplacée grâce à un engin automoteur. •

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Article Témoignages Photos

2005 à nos jours
L’aube d’une nouvelle ère

Site de SERECT à Wittelsheim, 2012.
Site de SERECT à Wittelsheim, 2012.
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Essai de la Plateforme Élévatrice Mobile de Personnel HTB en laboratoire.
Essai de la Plateforme Élévatrice Mobile de Personnel HTB en laboratoire.
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UN NOUVEAU CONTEXTE

À partir de 2005, la filialisation successive de la partie Transport d’EDF aboutissant à la création de RTE et de la partie Distribution aboutissant à la création d’ERDF, interroge sur le devenir de SERECT toujours rattaché à la direction des affaires générales d’EDF. Toutes les parties s’accordent pour son rattachement à RTE et son Centre National d’Expertise Réseaux (CNER). L’expertise est ainsi concentrée et des synergies sont attendues en matière de prévention et de maîtrise du risque électrique. Le lien avec ERDF reste cependant fort puisque l’expertise en BT et HTA est assurée par le transfert de personnels du distributeurs vers SERECT. Les missions « régaliennes » de SERECT, en appui du Comité des TST, sont maintenues. Les TST sont cependant de nouveau sur la sellette cette même année en raison de l’arrêt de la fabrication des tubes isolants par la société LERC, partenaire historique de SERECT. Fort heureusement, la fabrication est reprise peu de temps après par la société LERC-TST, filiale du groupe SFE.

UN SITE UNIQUE POUR DES ACTIVITÉS PÉRENNES

En juin 2010, profitant de la réhabilitation du bassin potassique de Wittelsheim, SERECT emménage dans de nouveaux locaux, se rapprochant ainsi de l’association IDEENOV avec laquelle la collaboration s’est largement renforcée au fil des ans. À partir de 2012, avec le déménagement du laboratoire, SERECT achève son transfert vers son nouveau port d’attache : la zone Joseph-Else-Heiden à Wittelsheim qui devient le site unique de SERECT, regroupant à nouveau l’ensemble des services.

L’AVENTURE CONTINUE

Les nouveaux défis des travaux sous tension sont légion : évolution de la réglementation, évolutions technologiques en tout genre, perfectionnement des techniques et des méthodes, recul des limites techniques… Les chantiers ne manquent pas. SERECT a depuis 50 ans traversé les âges sans que ses missions d’origine soient remises en cause. Aujourd’hui encore, SERECT, entité intégrée de RTE, reste spécialisé dans les trois domaines de tension BT, HTA et HTB. Il est l’organisme désigné pour élaborer les textes de référence pour les travaux sous tension en France, en appui du Comité des TST, et développer les nouveaux outils TST. Ses clients traditionnels sont RTE et ERDF mais également les Entreprises Locales de Distribution (ELD), les Systèmes Énergétiques Insulaires (SEI) et des Gestionnaires de Réseaux de Transport (GRT) étrangers, comme Romande Énergie en Suisse, ou d’autres encore en lien avec les filiales internationales de RTE et d’ERDF. La demande pour les TST est croissante. Le renouvellement des réseaux associé à la difficulté croissante pour interrompre les transits sur certains ouvrages stratégiques incitent de plus en plus les gestionnaires de réseaux de par le monde à utiliser cette technique désormais éprouvée et dont les avantages ne sont plus à démontrer.

LA R & D, UN EFFORT INDISPENSABLE POUR FAIRE PROGRESSER LES MÉTHODES ET OUTILS

Depuis toujours, la recherche et le développement sur les méthodes et les outils sont les moteurs incontournables pour maintenir et développer les travaux sous tension. Les méthodes et outils doivent sans cesse s’adapter à l’environnement, qui change : contexte réglementaire, nouvelles technologies, techniques de construction des réseaux. En parallèle, le retour d’expérience constitue une autre source de progrès qui permet d’améliorer la « technique des TST » dans sa globalité. On peut citer quelques exemples concrets de réalisations issues des travaux de R & D comme le gant long isolant utilisé pour les travaux au contact en moyenne tension, la fragmentation de l’intervalle d’air, l’adaptation de la problématique de connexion-déconnexion au domaine héliporté en HTB, les travaux sous pluie pour la HTB, les TST sur les nouveaux câbles à faible dilatation ou l’accès au poste de travail avec la nouvelle plateforme élévatrice mobile de personnel en HTB. Ces réalisations reposent sur de nombreuses études et essais conduits dans le laboratoire de SERECT ou dans des laboratoires externes, notamment celui d’EDF R & D aux Renardières, ainsi que sur des développements conjoints avec les fournisseurs. •