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Vers de nouveaux
défis techniques

Comme tout domaine, l’électricité possède ses propres lois qu’il faut bien connaître avant de s’y aventurer. Cela commence par l’analyse des risques et la recherche des moyens pour s’en prémunir. Une fois décryptés les principes fondamentaux, il faut les traduire en règles d’intervention et concevoir les outils et protections adaptés.

Enfin, l’homme étant un des maillons de la chaîne, il convient de prendre en compte le facteur humain — par exemple le geste involontaire — en adoptant des marges de sécurité suffisantes ou des barrières complémentaires. C’est là tout le secret d’une démarche structurée et cohérente dont le seul but est la protection de l’opérateur.

Pour autant, les marges de progrès existent toujours. Repousser les limites, décrypter le comportement de l’intervalle d’air dans de nouvelles configurations constituent toujours un défi. Les travaux sous tension n’ont pas encore livré tous leurs secrets. L’aventure continue.

 
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Les principes des TST

« Les CET rassemblent les règles que les opérateurs doivent respecter pour effectuer un chantier sous tension. »

Les ouvrages électriques sont conçus pour transporter et distribuer l’énergie électrique sur tout le territoire. Leur dimensionnement est soumis à des impératifs propres aux phénomènes électriques — par exemple la nécessaire séparation des conducteurs de différentes phases. L’isolation électrique des éléments conducteurs, en particulier, est garantie par des distances d’air et des matériels en matériau isolant : verre, porcelaine, etc. Le même principe s’applique dans le cas des travaux sous tension, avec la contrainte supplémentaire d’un opérateur et des outils qui évoluent dans l’intervalle d’air. Des règles complémentaires sont donc nécessaires pour prendre en compte ces contraintes et garantir ainsi la sécurité des opérateurs.

L’ÉCOLE FRANÇAISE DES TST

Contrairement à l’approche la plus répandue, fondée sur un corpus de modes opératoires détaillés et préétablis pour chaque type d’opération, l’école française des TST laisse plus d’initiative aux intervenants. Pour cela, elle s’appuie sur cinq piliers :

  • des règles regroupées dans les Condition d’Exécution du Travail (CET),
  • des outils agréés et contrôlés périodiquement,
  • des formations spécifiques aux TST dispensées par des centres de formation agréés,
  • une préparation et une organisation de chantier,
  • une implication et une surveillance par le management.

Les CET rassemblent les règles que les opérateurs doivent respecter pour effectuer un chantier sous tension. Elles permettent de maîtriser les risques de court-circuit et d’électrisation. Il existe un corpus de CET par niveau de tension. Tous les fascicules de CET sont organisés de la même manière, et suivent le déroulement d’une opération de sa faisabilité à sa réalisation. Tout comme les CET, les FT sont rassemblées par niveau de tension. Chaque fiche technique précise la fonction de l’outil, ses caractéristiques électriques et/ou mécaniques ainsi que ses conditions d’utilisation, de stockage, d’entretien et de contrôle. Dans la pratique, en amont de chaque chantier et quel que soit le niveau de tension, l’opération à réaliser fait l’objet d’une préparation minutieuse. Le préparateur va analyser les risques, choisir la ou les méthodes de travail à mettre en oeuvre, identifier les outils à utiliser et écrire le processus opératoire. Au démarrage du chantier, le chargé de travaux présente ce processus à l’ensemble des opérateurs afin que chacun connaisse son rôle. Le chargé de travaux est ensuite le garant du suivi du processus opératoire et de l’enchaînement des phases de travail. Cette approche permet à la fois la gestion des risques en amont, traités dans les référentiels (CET et FT), et une gestion in situ lors de la préparation de chaque chantier.

NI COURT-CIRCUIT, NI ÉLECTRISATION

Les Conditions d’Exécution du Travail (CET) définissent les règles générales à respecter lors d’un travail sous tension. Elles proviennent d’un ensemble d’études, de calculs physiques et d’expérimentations ainsi que d’une analyse de risque s’appuyant sur deux fondements : la maîtrise de l’isolation et la maîtrise de l’énergie. Il convient tout d’abord de s’assurer à chaque instant, et pour chaque niveau de tension, du maintien de l’isolation des opérateurs ou des pièces conductrices évoluant dans la zone de travail. En cas de rupture de l’isolation entre deux points à potentiels différents (phase/terre ou entre phases), un court-circuit s’établit. Si un opérateur s’insère dans ce circuit, c’est l’électrisation. La maîtrise de l’isolation implique de définir les distances minimales à respecter entre l’opérateur et les éléments conducteurs et d’étudier la conductivité des outils. Par ailleurs, la définition de ces distances nécessite de limiter les niveaux de surtensions : surtensions de manœuvre — par la mise en place d’un Régime Spécial d’Exploitation (RSE) — et surtensions dues à la foudre — par l’interdiction de travailler en cas d’orage. Outre l’isolation, il convient de maîtriser les différentes énergies présentes sur le réseau lors d’un chantier TST, afin de protéger l’opérateur des effets d’une électrisation comme de ceux d’un arc électrique accidentel environnant. Pour cela, on doit prendre en compte trois formes d’énergie. D’une part, évidemment, l’énergie active due au courant transitant dans l’ouvrage. D’autre part l’énergie réactive, due au phénomène d’induction, en cas d’intervention sur une installation sous tension à vide ou à potentiel flottant. Enfin l’énergie de court-circuit, en cas de défaut d’isolation.

En plus de la définition de ces règles techniques, une formalisation de l’organisation du travail est mise en place pour assurer la sécurité des opérateurs contre les risques électriques.

d: distance de tension

g: distance ergonomique (g = 0,3 m en BT et g = 0,5 m en HTA et HTB)

dTST: distance de travail (dTST = d + g)

Distances de travail à respecter entre phase et terre

Niveau de tensionDistance de tension
(d)
Distance de travail
(dTST)
jusque 1000 V0 m0,30 m
20 kV0,10 m0,60 m
63 kV0,30 m0,80 m
90 kV0,50 m1,00 m
225 kV1,10 m1,60 m
400 kV2,00 m2,50 m
Exemple de distances de travail à respecter par un opérateur lors d’un travail au potentiel depuis une PEMP à bras isolant en TST HTA.
Exemple de distances de travail à respecter par un opérateur lors d’un travail au potentiel depuis une PEMP à bras isolant en TST HTA.
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Exemple de distances de travail à respecter par un opérateur lors d’un travail au potentiel depuis une TIP en TST HTB.
Exemple de distances de travail à respecter par un opérateur lors d’un travail au potentiel depuis une TIP en TST HTB.
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GARDER SES DISTANCES…

Comment éviter les ruptures d’isolation ? Tout d’abord, exactement comme lors du dimensionnement des ouvrages, en exploitant les propriétés remarquables de l’air qui nous entoure. Partout disponible, gratuit, doté d’une tenue diélectrique élevée, capable de se régénérer seul en cas d’ionisation, l’air constitue en effet l’isolant de référence. Le principe de base pour protéger l’opérateur est donc de maintenir en permanence une distance d’air suffisante entre lui et les objets (conducteurs, appareils, structures) de potentiels différents du sien. Cette distance de sécurité, appelée « distance de travail », résulte de la somme d’une distance d’isolation nécessaire (d), appelée distance de tension, et d’une distance ergonomique (g) prenant en compte les mouvements involontaires de l’opérateur. Il suffit d’imaginer une guêpe venant rôder autour du monteur pour comprendre l’intérêt de cette précaution supplémentaire… Il a fallu de nombreuses années d’études et de recherches pour établir la référence internationale (norme NF EN 61 472) servant de base au calcul de la distance de tension. Elle prend en compte la tension nominale de l’ouvrage concerné, les niveaux de surtension à front lent susceptibles d’apparaître sur le réseau, ainsi que des facteurs comme l’altitude, la forme et les dimensions des objets conducteurs insérés dans l’intervalle…

En BT, la distance de tension étant négligeable (de l’ordre du millimètre), la distance de travail se résume à la distance ergonomique, soit 30 cm. En HTA, une distance de travail est spécifiée pour chaque intervalle (phase/terre et phase/phase). Afin de faciliter son calcul et permettre de combiner des outils, SERECT a mis au point le concept des « éléments de protection » (EP) ; un EP équivaut à 10 centimètres d’air. Par exemple, pour un intervalle phase/terre sur un réseau de tension 20 kV, il faut respecter une distance de travail de 0,60 m soit 6 EP. L’intérêt de cette nouvelle unité réside dans la possibilité d’additionner des distances d’air, des longueurs de tube isolant, des épaisseurs de nappes, de protecteurs ou de gants isolants. Les fiches techniques des outils précisent le nombre d’EP attribués à chaque outil isolant. Enfin, en HTB, bien que les lois de la physique restent les mêmes, les phénomènes sont accentués. Le concept des EP ne peut plus être mis en oeuvre. Les distances de travail définies sont donc des distances d’air qui tiennent compte de différents niveaux de surtension, du volume des pièces conductrices manipulées dans les intervalles et de la méthode de travail mise en oeuvre. •

 

 

LES TROIS MÉTHODES

Il existe trois méthodes pour intervenir sous tension : le travail à distance, le travail au potentiel et le travail au contact. La différence réside dans le positionnement de l’opérateur par rapport au potentiel sur lequel il souhaite intervenir.

 

Dans la méthode de travail à distance, la première développée, l’opérateur reste au potentiel de la terre. Pour ne pas entrer en contact avec les pièces nues sous tension, il travaille à l’aide d’outils isolants fixés à l’extrémité de perches ou de cordes isolantes. Mise en oeuvre sur l’ensemble des domaines de tension, cette méthode demande un faible investissement mais est ergonomiquement limitée, notamment lorsque les distances à respecter deviennent importantes. En HTA, on peut utiliser un élévateur à bras métallique. En HTB, on travaille généralement depuis le pylône pour les travaux en ligne et depuis le sol pour les travaux en poste.

 

Dans la méthode de travail au potentiel, l’opérateur, isolé de la terre, est amené au potentiel de l’élément sur lequel il travaille. Il se trouve donc dans la situation de l’oiseau posé sur une ligne électrique. À tout instant, il doit rester au minimum à la distance de travail de tous les éléments de son environnement qui sont à un potentiel différent de celui sur lequel il intervient. Cela vaut pour lui-même comme pour les outils ou pièces conducteurs qu’il manipule. Mise en oeuvre pour les domaines de tension HTA et HTB, cette méthode est très confortable grâce à une excellente ergonomie. Le travail se fait à partir d’un support isolant l’opérateur du potentiel de la terre. En HTA, on peut utiliser un élévateur à bras isolant. En HTB, on a actuellement recours à la TIP (Tour Isolante de Positionnement) pour les travaux dans les postes, et à l’échelle à palan, à la poutre ou au siège TST pour les travaux sur les lignes.

 

Dans la méthode de travail au contact, l’opérateur, lui-même protégé en fonction du niveau de tension des pièces sur lesquelles il intervient, pénètre dans la zone située entre les pièces nues sous tension et la distance de sécurité. Mise en oeuvre en BT et HTA, cette méthode ne peut pas s’utiliser en HTB du fait des distances à respecter. L’opérateur utilise des gants isolants et, en HTA, il travaille à partir d’un élévateur à bras isolant. Plus ergonomique que le travail à distance, le travail au contact permet en outre, en HTA, d’évoluer plus facilement à proximité des supports (poteaux).

 
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Les outils et la protection de l’opérateur

Camion atelier HTA.
Camion atelier HTA.
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Essai diélectrique d’un tube isolant.
Essai diélectrique d’un tube isolant.
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Cellule d'essai 300 kV. Laboratoire SERECT.
Cellule d'essai 300 kV. Laboratoire SERECT.
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Les principes des TST étant posés et les méthodes déterminées, il reste à définir concrètement avec quels outils et quelles protections l’opérateur peut effectuer sa tâche. Les ouvrages électriques, on l’a vu, sont dimensionnés de manière à assurer l’isolation entre les phases. Toute pièce, outil ou dispositif introduit dans les distances d’air, ou à proximité des matériels isolants (chaîne ou colonne isolante par exemple), remet en cause ce dimensionnement et donc les caractéristiques d’isolation de l’ouvrage. Le matériel utilisé pour ces chantiers est étudié — en termes de dimensions et de matériaux — en fonction de cette contrainte.

QUELS OUTILS ?

Quelle que soit la méthode d’approche utilisée, le travail sous tension exige des outils et accessoires spécialement conçus. On les classe en différentes familles (voir p. 94) selon leur fonction : manutention, positionnement du monteur, type d’intervention, etc. La méthode d’intervention et le niveau de tension interviennent dans leur conception. Pour éviter tout risque de court-circuit ou d’électrisation, les outils doivent être compatibles avec les principes de dimensionnement de l’ouvrage ainsi que les seuils physiologiques acceptables pour le corps humain. Une majorité de ces outils — par exemple les perches, accessoires de reprise mécanique et dispositifs de positionnement — sont constitués, en tout ou en partie, de tube isolant rempli de mousse (voir encadré p. 94). SERECT a retenu pour ce tube une exigence simple : il doit posséder la même tenue diélectrique qu’un intervalle d’air de même longueur. Utiliser des tubes isolants dotés de cette caractéristique permet en effet de :

• les approcher d’une chaîne isolante sans quasiment altérer sa tenue électrique,

• appliquer (par temps sec) les distances de sécurité prédéfinies,

• maintenir des valeurs de courant de fuite compatibles avec les seuils physiologiques du corps humain (lorsqu’un opérateur manipule une perche isolante),

• garantir une qualité de surface telle que les opérateurs puissent se retirer en toute sécurité en cas d’apparition de précipitations atmosphériques, notamment lors de travaux complexes dans lesquels le retrait des équipements isolants ne peut être immédiat.

UNE DÉMARCHE DE QUALIFICATION RIGOUREUSE

Avant d’utiliser un quelconque outil en TST, il faut s’assurer qu’il satisfait aux exigences définies dans sa spécification technique. SERECT se charge de cette vérification. Chaque outil subit donc, dans un premier temps, des essais de type en laboratoire, puis une expérimentation. Celle-ci, réalisée par une équipe TST missionnée par SERECT, a pour but de vérifier que l’outil répond bien au besoin pour lequel il a été conçu, et que son ergonomie permet une utilisation sûre.

Comme dans n’importe quel domaine, les outils des TST doivent aussi posséder des caractéristiques mécaniques compatibles avec le dimensionnement des ouvrages sur lesquels ils interviennent et les contraintes auxquelles ils peuvent être soumis : traction, flexion, compression, torsion. À ces exigences somme toute classiques s’ajoute le fait que les contraintes mécaniques exercées sur un objet peuvent détériorer sa tenue diélectrique, un point crucial lorsqu’on travaille sous tension. Il faut donc s’assurer de la résistance des outils et accessoires TST à ce type de contraintes. Pour cela, ils sont soumis à des épreuves de fatigue mécanique avant de subir des tests diélectriques. Ils répondent par ailleurs, bien entendu, à la réglementation générale définie notamment dans des directives européennes, et sont soumis si besoin au marquage CE.

LE LABORATOIRE DE SERECT

Installé à Wittelsheim, le laboratoire de SERECT peut assurer des travaux de recherche comme des essais de matériel. Il est accrédité selon la norme NF EN ISO 17025 pour les essais sur les équipements d’isolation et de protection électrique (en France, l’organisme d’accréditation est le COFRAC). Il assure d’ailleurs la plupart des essais électriques de qualification des outils TST. Ces essais sont réalisés sous tension à fréquence industrielle (50 Hz) pouvant aller jusqu’à 300 kV (valeur correspondant à la tension simple d’un réseau de 500 kV). On peut même y simuler la pluie à l’aide d’un dispositif d’aspersion reproduisant différents types de précipitations (conductivité de l’eau, taux de précipitations, etc.). Il est également équipé d’une enceinte de conditionnement permettant de faire varier la température et l’humidité ambiantes, afin de reproduire toutes les contraintes que peut subir un outil.

À CHAQUE RISQUE SA PROTECTION

Les CET définissent différents EPI à porter. Ceux-ci doivent remplir trois missions :

• protéger l’opérateur d’une électrisation pour les domaines BT et HTA,

• prémunir l’opérateur des effets d’un éventuel arc électrique de puissance, pour tous les niveaux de tension,

• prémunir l’opérateur des effets du champ électrique intense en HTB.

En HTA, la protection contre l’électrisation est assurée par les gants isolants (voir p. 94) et les chaussures spéciales. Un arc électrique de puissance produit un rayonnement thermique et lumineux, une onde acoustique et, le cas échéant, une projection de particules. Pour se protéger de ces effets, l’opérateur porte un écran facial (contre le rayonnement thermique et la projection de particule), des lunettes (contre le rayonnement lumineux) et une protection auditive (en HTB uniquement contre l’onde acoustique). La protection de l’opérateur contre le champ électrique, important en HTB, est assurée par un vêtement conducteur agissant comme une cage de Faraday. Ainsi est né le fameux habit jaune — les premières générations furent blanches puis bleu-gris — en tissu composite, comprenant une fibre polymère ininflammable et isolante thermiquement et une fibre métallique conductrice. La « cage » se devant d’être fermée, l’habit comprend également des chausses, des gants et une cagoule à visière (celle-ci détourne les lignes de champ du visage forcément découvert). •

 

 

Tube isolant en sortie de fabrication.
Tube isolant en sortie de fabrication.
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LE TUBE ISOLANT

Élément de base des outils TST, le tube isolant est constitué de fibres de verre noyées dans une matrice de résine époxy. L’intérieur du tube est rempli d’une mousse de polyuréthane imperméable pour éviter toute pénétration et accumulation d’humidité. Sa tenue diélectrique — qui doit être équivalente à celle de l’air — est vérifiée notamment par un essai en laboratoire consistant à mesurer le courant de fuite et le déphasage tension/courant sur un échantillon de 300 mm, sous une tension de 100 kV à fréquence industrielle. Pour s’assurer du maintien de la tenue diélectrique en cas de précipitations, un essai complémentaire est réalisé sous pluie artificielle, avec l’application d’une tension de 100 kV sur un mètre.

 

Essai du gant long isolant.
Essai du gant long isolant.
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LE GANT ISOLANT

Deux types de gants isolants sont utilisés en TST : le premier n’offre que la protection électrique de l’opérateur. Il est donc associé à un sur-gant en cuir siliconé pour couvrir la protection mécanique du gant autant que de l’opérateur. Le second est le gant composite qui intègre simultanément les deux protections électriques et mécaniques.

En HTA, afin de protéger le bras jusqu’à l’épaule, SERECT a développé un gant long isolant permettant de se passer des anciens protège-bras (et des sur-gants en cuir). Il autorise de plus les interventions en conditions humides. Equivalent à 2 EP, donc 20 centimètres d’air, le gant long isolant améliore l’ergonomie puisque l’opérateur peut travailler plus près du support.

 

 
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Accessibilité et ergonomie du poste de travail

Chantier sous tension avec triangulation sur support HTA en technique distance.
Chantier sous tension avec triangulation sur support HTA en technique distance.
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En raison de sa facilité de mise en œuvre, les premières opérations ont été réalisées en technique « à distance ». L’opérateur prenait place sur le support (poteau ou pylône) et travaillait avec des perches de plusieurs mètres de longueur, dans des positions parfois acrobatiques. Les monteurs HTA escaladaient les poteaux de bois à l’aide de grimpettes, et se maintenaient en position avec une ceinture. Ils se retrouvaient ensuite en porte-à-faux pour mettre les protecteurs, utiliser les perches à main et mettre en place des montages de reprise d’effort de type « triangulation ».

En HTB, les premiers chantiers « au potentiel » se faisaient depuis le pylône avec la poutre ou le siège isolants. Pour intervenir en pleine portée, on utilisait une échelle de corde isolante. Les TST étaient (et sont encore) un métier physique nécessitant des monteurs en bonne forme.

Au cours de ces 50 ans d’histoire de la technique TST, le positionnement de l’opérateur, l’accessibilité au poste de travail et la recherche d’une meilleure ergonomie du poste de travail ont toujours été des vecteurs d’évolution des outils et des méthodes.

Remplacement sous tension d’une chaîne de suspension HT.
Remplacement sous tension d’une chaîne de suspension HT.
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Chantier sous tension avec triangulation sur support HTA en technique distance.
Plateforme Élévatrice Mobile de Personnel HTA.
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HTA : DE LA GRIMPETTE À L’ÉLÉVATEUR À BRAS TÉLESCOPIQUE

Dans ce domaine de tension, les grimpettes ont d’abord été remplacées par des échelles à éléments emboîtables positionnées le long du support, puis par des élévateurs à bras métallique ou isolant. Installés dans une nacelle, les opérateurs bénéficient enfin de conditions de travail — relativement — ergonomiques. En outre, la nacelle dispose d’un mât de charge capable de déplacer un conducteur pour l’écarter ou l’installer sur un bras d’armement auxiliaire, ce qui limite les montages lourds de reprise d’effort.

Les premiers élévateurs étaient dotés de bras isolants pleins, fabriqués selon une technologie similaire à celle utilisée pour réaliser les perches. Puis sont apparus des bras creux à l’intérieur desquels se loge l’ensemble des commandes hydrauliques. Pleins ou creux, ces bras isolants sont constitués de deux segments articulés. Il faut en effet disposer d’une longueur suffisante pour, d’une part, assurer l’isolation électrique et, d’autre part, atteindre des câbles élevés. Problème : ces « compas » s’avèrent peu pratiques pour les chantiers manquant de place.

Ces dernières années, SERECT a développé un élévateur d’un nouveau genre avec un bras télescopique. La portion isolante du bras, qui ne mesure plus que 1,40 mètre au lieu de 3, est un tube creux recouvert d’ailettes en silicone (qui augmentent la ligne de fuite). Il est désormais plus facile de positionner la nacelle. On peut en particulier atteindre les trois phases sans avoir à déplacer le camion porteur.

Basculement d’une TIP.
Basculement d’une TIP.
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Tour isolante de Positionnement sur TIP-TOP.
Tour isolante de Positionnement sur TIP-TOP.
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HTB : DE L’ÉCHELLE DE CORDE À L’ENGIN DE POSITIONNEMENT EN POSTE

Dans ce domaine de tension, les interventions peuvent aussi bien concerner les lignes que les postes. En poste, milieu encombré s’il en est, le grand progrès a été l’apparition de la Tour Isolante de Positionnement (TIP). Cette structure, sorte d’« échafaudage » constitué de tubes similaires aux perches isolantes, permet aux opérateurs d’intervenir au potentiel. D’abord montée sur roulettes, et déplacée à la main, la TIP a ensuite été installée sur des porteurs motorisés de type MERLO, PONCIN puis TIP-TOP. Il est ainsi possible de positionner aisément les opérateurs au plus près de leur lieu d’intervention. Ces dispositifs présentent cependant certaines contraintes liées au temps de montage et à l’accès au poste de travail. C’est ainsi que SERECT expérimente actuellement un nouvel engin de positionnement en poste. Dérivant des évolutions technologiques des deux domaines de tensions, c’est un porteur motorisé doté d’un double bras creux à ailettes monté au bout d’un bras télescopique. Pour les travaux en ligne, une échelle rigide à palan a supplanté l’ancienne échelle de corde isolante. L’opérateur prend place, au sol, sur une courte échelle métallique qui est ensuite hissée au potentiel par un treuil. Avec l’avènement des techniques de TST héliportés, les travaux en pleine portée peuvent aussi s’effectuer depuis une nacelle suspendue sous un hélicoptère. Cela nécessite évidemment de maîtriser aussi la réglementation aéronautique. L’analyse des risques a conduit à exclure l’hélicoptère de la zone de travail et à suspendre la nacelle métallique à des élingues isolantes. RTE, qui désormais maîtrise la technique, utilise également l’hélicoptère pour de gros travaux de réhabilitation des jeux de barres dans les postes.

Intervention en pleine portée avec l’échelle à palan.
Intervention en pleine portée avec l’échelle à palan.
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Prototype de téléopérateurs TST HTA, 1993.
Prototype de téléopérateurs TST HTA, 1993.
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TENTATIVE DE ROBOTISATION DES TST EN HTA

Au début des années 1990, des ingénieurs de SERECT lancent le projet de « téléopérateur ». Il s’agit de remplacer le monteur par des bras articulés commandés à distance. Un accord de partenariat est signé en 1992 avec la société canadienne Hydro-Québec, qui bénéficie d’une expérience en la matière. Après avoir imaginé les configurations de réseau pouvant être couvertes avec une telle solution, SERECT développe une plateforme avec l’aide de l’entreprise de robotique Shilling et de la Direction des études et recherches d’EDF. Le prototype, impressionnant avec ses deux énormes bras, arrive à Mulhouse en 1993. Les essais donnent cependant des résultats mitigés, en raison notamment de la complexité de la « prise en main »… Le projet est abandonné. Aujourd’hui, le thème de la robotisation revient à l’ordre du jour avec une orientation différente. Il n’est plus question de remplacer l’opérateur TST mais de le doter d’outils automatiques d’inspection des ouvrages, afin d’identifier les besoins en maintenance. Il s’agit d’un robot automoteur, embarquant différents moyens de mesure, qu’il faut cependant poser et déposer en TST sur les conducteurs.

Lavage sous tension de colonnes isolantes.
Lavage sous tension de colonnes isolantes.
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GRAND MÉNAGE SOUS TENSION

Quelque soient les niveaux de tension, les réseaux électriques sont soumis à différents types d’agressions extérieures : pollution saline, chimique, poussières… Ces éléments, au-delà d’un certain seuil, posent des problèmes de tenue électrique, de points chauds. Il faut alors nettoyer ! Les premières méthodes de nettoyage sous tension, mises en place dès 1979, consistent en un brossage manuel à distance avec des brosses fixées à des perches isolantes. Au début des années 1980, le besoin se fait pressant, en particulier dans certains postes à haute tension. Dans celui des Mandarins, qui assure l’interconnexion avec l’Angleterre, comme dans celui d’Eurotunnel, les disjoncteurs déclenchent intempestivement lors des tempêtes de la mer du Nord, à cause du brouillard salin se déposant sur les isolateurs. Le poste de Grande-Synthe, près de Dunkerque, subit les mêmes inconvénients, auxquels s’ajoute une pollution d’origine industrielle. SERECT met alors au point le nettoyage à l’eau déminéralisée sous pression. Envoyer de l’eau sur un élément conducteur à haute tension, sans couper le courant ? C’est possible, avec les précautions appropriées. Il faut connaître les phénomènes électriques dans le jet et maîtriser par exemple sa résistivité en fonction du diamètre des gouttes et de la pression. Dès le milieu des années 1980, la méthode est opérationnelle et les équipes TST l’utilisent dans les postes. Une technique alternative, utilisant des « granulats végétaux secs » (des coques de noix broyées), est brièvement développée puis abandonnée. En 1991, SERECT expérimente même le nettoyage à l’eau à partir d’un hélicoptère ! Une réussite technique qui ne sera guère utilisée faute de besoins évidents.

Dans le même temps, en basse tension, SERECT expérimente une méthode « cryogénique » par projection de billettes de glace et, en HTA, une méthode par aspiration. •

 

 
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Et demain…

Pylone de nouvelle génération.
Projet de nouveau pylône HTB.
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Depuis les premiers outils achetés à l’étranger et la conception des premiers modes opératoires dans les années 1960, SERECT a cherché à améliorer ses outils et ses méthodes. Il s’agissait de les adapter aux évolutions du réseau comme aux contraintes externes, en particulier la réglementation du travail. Après 50 ans de développements, la messe est-elle dite ? Peut-on considérer que les TST sont enfin dotés de règles complètes, d’outils adéquats, de méthodes pérennes ? SERECT serait-il désormais réduit à un rôle de gardien du temple, chargé de vérifier les pratiques et fournir les outils ? Il n’en est rien. Les TST restent une méthode vivante, en perpétuelle évolution sous l’influence de contraintes internes ou externes.

Différents paramètres incitent SERECT à faire évoluer les outils et les méthodes : • les changements de réglementation (par exemple les directives européennes « Machines » ou « Équipements de protection individuelle ») ou de normes,

• l’évolution technique du réseau, comme l’arrivée de nouveaux composants ou les changements de règles d’exploitation,

• la prise en compte du retour d’expérience collecté lors des audits, des retours des opérateurs et des formateurs mais également suite aux incidents ou accidents,

• enfin, même sur le réseau actuel et avec les règles d’aujourd’hui, il reste des domaines d’intervention à conquérir, par exemple les TST par temps incertain.

LA VEILLE NORMATIVE

Les spécifications américaines ASTM et ANSI relatives à certains matériels d’isolation utilisés en TST proposent souvent deux méthodes d’essai diélectrique, l’une en courant alternatif (AC), l’autre en courant continu (DC). L’influence américaine dans les groupes de normalisation et/ou le souci d’harmonisation conduisent à voir apparaître cette singularité dans les normes CEI du domaine TST. En règle générale, la littérature sur les matériaux isolants ne propose pas de règles d’équivalence AC/DC clairement énoncées. Afin de consolider ses connaissances sur les règles d’équivalence AC/DC, SERECT lance des études visant à déterminer la tenue diélectrique de différents matériaux d’isolation en courant continu et en courant alternatif. Compte tenu des premiers éléments recueillis, SERECT considère que, pour des outils destinés à l’intervention sur des réseaux à courant alternatif, les essais de type ou de contrôle périodique ne devraient être réalisés que sous tension alternative à fréquence industrielle.

Déroulage de câbles ACSS.
Déroulage de câbles ACSS.
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L’ADAPTATION AUX ÉVOLUTIONS DU RÉSEAU

Depuis quelques années, une nouvelle génération de câbles électriques est apparue sur le réseau de transport français. Pourvus d’éléments conducteurs en aluminium, ces « câbles à faible dilatation » (CFD) font passer plus de courant que les précédentes générations de câbles, tout en s’allongeant moins. RTE les utilise surtout pour augmenter le transit sur des ouvrages existants sans changer de support. Demain, RTE souhaitera effectuer sur ces ouvrages les mêmes opérations de maintenance que sur les ouvrages actuels : changer une chaîne de suspension ou d’ancrage, réparer des brins, poser des accessoires (balises, entretoises…), etc. Les CFD imposent cependant de nouvelles contraintes aux TST. Par leur température plus élevée, tout d’abord : alors que les câbles classiques ne dépassent pas 90 °C en 400 kV, les CFD peuvent atteindre 200 °C dans certaines configurations de réseau. Enfin, ces câbles sont plus ductiles, ce qui les rend plus sensibles aux agressions mécaniques. SERECT a donc engagé un programme d’études pour définir les règles et les outils qui permettront, dans les prochaines années, d’intervenir sur ces câbles.

« En 2013, après deux ans de travaux, les nouvelles CET pour la basse tension vont être déployées auprès de l’ensemble des opérateurs français. »

UNE NOUVELLE GÉNÉRATION DE CET

En 2013, après deux ans de travaux, les nouvelles CET pour la basse tension vont être déployées auprès de l’ensemble des opérateurs français. Cette refonte provient de l’analyse du retour d’expérience des audits et des rapports d’accidents. Les nouvelles CET intègrent également les évolutions de l’UTE C 18-510, devenue NF C 18-510. Elles définissent de façon plus explicite les notions de zone d’évolution de l’opérateur et les domaines d’intervention, et clarifient la manière de prendre en compte les risques de court-circuit et d’électrisation. Cette refonte des CET BT fait suite à celles des CET HTB, en 2002, et des CET HTA en 2006.

Coucher de soleil sur un poste HTB.
Coucher de soleil sur un poste HTB.
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NOUVEAUX HORIZONS POUR LES TST

Dans le domaine des TST, les conditions climatiques ont toujours été une contrainte majeure. Pour chaque niveau de tension et pour chaque méthode (distance, contact, potentiel), les règles définissent ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. En HTA, le travail « au contact » était ainsi interdit sous la pluie jusqu’à l’apparition du gant long isolant et la refonte des CET et de la méthode en 2002. Aujourd’hui encore, pour le domaine HTB, les CET interdisent d’entreprendre un chantier en cas de précipitations, même peu importantes. On imagine sans peine les conséquences sur l’organisation des interventions : un chantier prévu de longue date peut être annulé le matin même compte tenu du temps incertain. L’objectif de SERECT est de pouvoir lancer des chantiers même par temps incertain et de savoir les interrompre en toute sécurité en cas de dégradation du temps (apparition de la pluie). Il faut aussi faciliter la reprise d’un chantier interrompu par la pluie, donc ne pas avoir à sécher les outils par exemple. Les conditions d’intervention des TST seraient ainsi ramenées à un niveau équivalent aux travaux « conventionnels », d’où une performance accrue. SERECT doit donc reprendre les études sur la tenue de l’intervalle d’air et définir de nouvelles exigences pour les outils : tenue aux surtensions sous précipitations, ligne de fuite pour maîtriser le courant de fuite, etc. Autre champ d’investigation pour SERECT, le contrôle non destructif des outils. Aujourd’hui, le contrôle périodique repose sur un examen visuel et un test électrique. Avec l’évolution des technologies et des outils (notamment les bras à ailettes) et de leurs conditions d’utilisation (travaux sous faibles précipitations en HTB), la question se pose de réexaminer les règles de contrôle périodique. •