Woman & lights - crédit Rhett Wesley
Woman & lights - crédit Rhett Wesley

Consommation d'électricité : devrons-nous modifier nos comportements ?

Consommation
Transition énergétique
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Afin de réussir la transition énergétique, certains de nos comportements devront sans doute être modifiés afin de modérer notre consommation d’électricité. Découvrez comment et pourquoi.
Paragraphes

Consommer moins sans renoncer à son confort, c’est possible ! 


Tout d’abord, grâce à l’efficacité énergétique, il est possible de réduire sa consommation sans même y penser ; c’est ce que vous faites quand vous remplacez un équipement ancien par un neuf, plus performant - votre frigo par exemple. Ensuite, la consommation peut être modérée par le pilotage de certains usages. Imaginez que vous lanciez une machine à laver à 15 heures plutôt qu’à 19 heures. Pour votre confort personnel, cela ne change rien. Pour le réseau français d’électricité, en revanche, cela peut tout changer, tout simplement parce que la demande est beaucoup moins forte en début d’après-midi qu’en début de soirée. Consommer au bon moment, c’est bien ; consommer moins, c’est encore mieux. Et, là encore, c’est possible sans renoncer à son mode de vie. Ainsi, rien ne vous oblige à chauffer votre logement quand vous n’y êtes pas ; autant le déclencher uniquement quand vous rentrez chez vous. Ce petit « effort » est d’autant plus simple à réaliser qu’avec les avancées de la domotique, il est de plus en plus facile de programmer sa chaudière à distance.

 

Les écogestes sont bénéfiques pour la planète


Oui, à l’échelle individuelle, ces « petits gestes » n’ont l’air de rien. Pourtant, à l’échelle collective, ils sont significatifs. Une ampoule de plus éteinte dans chaque foyer français équivaut à effacer la consommation d’une ville comme Toulouse ! Effectués lors des périodes de tension sur le système électrique, ces écogestes peuvent contribuer à assurer le bon approvisionnement de tous en électricité. Pour autant, avec ces centrales nucléaires, ses barrages, ses éoliennes et ses panneaux solaires, la France dispose d’un parc électrique qui émet peu de CO 2. Dans ces conditions, la consommation d’électricité des Français a peu d’impact sur les émissions de gaz à effet de serre. Dès lors, peut-on se demander, à quoi bon se restreindre ? S’en tenir là revient à oublier un détail qui n’en est pas un : la France s’est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050 ! « Ainsi, chaque kWh économisé, c’est autant de gagné pour « décarboner » d’autres secteurs, en électrifiant le transport par exemple », rappelle Maïté Jauréguy-Naudin. Chaque geste est donc utile. Et si l’on se soucie de l’environnement, ces comportements responsables sont donc l’occasion de mettre en conformité ses actes et ses convictions. Mais évidemment, consommer moins d’électricité permet aussi à chacun d’alléger sa facture, ce qui n’est jamais désagréable.

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Ampoule : comment moins consommer - Crédit Tengyart
A l’échelle collective, les éco-gestes sont significatifs. Une ampoule de plus éteinte dans chaque foyer français équivaut à effacer la consommation d’une ville comme Toulouse !

Les écogestes sont aussi bénéfiques pour le réseau 


En fonction de ses besoins, chaque foyer souscrit un contrat d’électricité qui lui permet à tout moment d’allumer une lumière, un four ou un ordinateur. « Or, si l’on additionne toutes les puissances souscrites par les consommateurs d’électricité, et si elles étaient toutes activées au même moment, on arriverait à un besoin qui représenterait bien plus que la capacité de production du parc électrique national !, souligne Maïté Jauréguy-Naudin. Tout l’enjeu consiste donc à faire en sorte de produire au bon moment et à chaque instant ce qui est nécessaire pour couvrir les besoins des français en tout point du territoire. Assurer cet équilibre est précisément la mission de RTE. Pour le faire, RTE s’appuie sur un réseau maillé sur tout le territoire et interconnecté à ses voisins européens. »!
 

La fausse bonne idée de l’autarcie énergétique


En théorie, bien sûr, rien n’empêche d’augmenter la puissance de notre parc électrique national, en installant beaucoup plus de centrales nucléaires, de barrages hydroélectriques ou d’éoliennes. À ceci près que cela coûterait affreusement cher, que cela consommerait inutilement des ressources et de l’espace et que les Français ne voient pas forcément d’un bon œil l’installation de ce type d’équipements à côté de chez eux. Une autre fausse bonne idée consisterait à penser qu’il suffirait que chaque famille dispose de panneaux photovoltaïques sur le toit de sa maison et/ou d’éoliennes dans son jardin, et ce pour plusieurs raisons. Un : en 2050, les 2/3 de la population mondiale vivront en ville, le plus souvent dans des immeubles où la place pour installer des éoliennes personnelles risque de manquer. On estime qu’en 2035, 4 millions de logements français déploieront de systèmes d’autoconsommation énergétique mais cette solution ne peut pas répondre à toutes les situations. Deux : les panneaux solaires produisent l’électricité pendant la journée, au moment où nous travaillons, et non le soir, quand nous pourrions l’utiliser pour nos besoins domestiques. A l’échelle individuelle, une possibilité serait de disposer de batteries également pour stocker cette énergie quand elle est produite et l’utiliser quand on en a besoin. Il faut bien regarder le bilan CO2 complet lié à la construction de tous ces moyens pour s’assurer que l’on répond bien à la lutte contre le changement climatique. Il n’y a pas de solution unique mais bien un ensemble d’initiatives complémentaires. Parmi elles, choisir de modérer notre consommation d’électricité et de la décaler quand nous le pouvons vers les heures creuses contribue à la transition énergétique.

 

Et si l’énergie que je produis était réutilisée par mon quartier ? 


Hypothèse d’école : j’ai rechargé ma voiture sur mon lieu de travail pendant la journée. En arrivant chez moi, vers 19 heures, je la laisse se décharger sur le réseau, au moment du pic de consommation. Elle se rechargera de nouveau pendant la nuit afin que je puisse la réutiliser sans difficulté le lendemain matin.

La scène qui précède n’est encore qu’une fiction, mais elle a de quoi faire rêver et montre que tout en décarbonant le secteur des transports, l’électrification de la mobilité peut aussi être une opportunité pour le système électrique ! Tout le monde n’acceptera évidemment pas de voir son véhicule immobilisé plusieurs heures au profit de la collectivité. Logique : la première fonction d’une voiture est de permettre à son utilisateur de rouler. Toutefois, une partie de la population peut se laisser convaincre pour peu qu’on lui propose des solutions intelligentes et des tarifs adaptés, comme ce dispositif expérimenté aujourd’hui par Renault, la start-up Jedlix et RTE. Le principe est simple : une fois le contrat signé, vous branchez votre voiture en rentrant chez vous et permettez à Jedlix de la charger et de la décharger en rendant des services au réseau. Mais rassurez-vous : une jauge minimale est prévue pour que vous puissiez prendre le volant en cas de besoin.

Portrait Maïté Jauréguy-Naudin
Maïté Jauréguy-Naudin
Directrice Innovation & données

Le développement du véhicule électrique et le pilotage de sa recharge permettrait une meilleure intégration des énergies renouvelables sur le réseau.

Non, la production d’électricité ne va pas baisser 


Au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, on croit parfois que la production d’électricité devrait inéluctablement baisser dans les années qui viennent. En France, elle devrait passer de moins de 500 térawatt/heures à 615 térawatt/heures en 2035 d’électricité totalement décarbonée. Un vrai levier pour transformer d’autres secteurs, comme le transport qui représente aujourd’hui environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre. « Nous devons utiliser l’atout d’une électricité décarbonée pour nos voitures, pour notre chauffage, mais aussi pour fabriquer de l’hydrogène propre, souligne Maïté Jauréguy-Naudin. Cette électricité « décarbonée » viendra remplacer des sources d’énergie plus émettrices de CO2, comme le pétrole et le gaz ». Ce qui sera positif pour la lutte contre le changement climatique. Les objets connectés à la rescousse C’est une bonne nouvelle : la Poste est en train de s’équiper en voitures électriques. Sachant que les postiers les utilisent surtout entre 6 heures et 15 heures, elles ont tendance à être rechargées dès leur retour au dépôt. On voit de plus en plus cette électrification dans les villes : bus, livreurs, camions-poubelles. Avec les objets connectés, il sera possible de programmer leurs interactions avec le réseau électrique par exemple, en profitant de leurs capacités de stockage lors du pic de consommation et en les alimentant pendant la nuit, à un moment où le réseau est moins sollicité. On peut imaginer qu’il en sera de même pour les lessives des hôpitaux, le chauffage des écoles, etc.
 

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Véhicule électrique en chargement : quelle consommation d’électricité ?


Si, sur le papier, les objets connectés peuvent permettre de piloter plus finement la consommation d’électricité en France, ils ont aussi des limites, ne serait-ce que dans la mesure où ils en utilisent aussi eux-mêmes. Un signe : la consommation d’électricité liée à nos ordinateurs, à nos téléphones et au secteur du numérique a fortement augmenté depuis 10 ans ! Il faudra donc les gérer avec parcimonie, tout en rassurant les Français qui redoutent leurs effets sur la santé et/ou de les voir se transformer « en mouchards ».

Une « météo de l’électricité » nommée Ecowatt 


Plus consensuel, Ecowatt est un site internet permettant à chacun de mieux consommer et d’adopter les bons réflexes pour utiliser ses appareils électriques. Le principe repose sur une carte de France et un jeu de trois couleurs. Votre région est verte ? Pas de problème : la consommation est raisonnable. Elle passe au rouge ? Alerte ! Si vous le pouvez, attendez un peu avant de lancer votre lave-vaisselle. Un excellent moyen pour transformer chaque Français en acteur de la transition énergétique.

 

Crédits photos : Rhett Wesley — Joshua Humpfer — Joey Kyber