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Électrifier pour décarboner : la nouvelle exploitation du système électrique
Garantir une alimentation électrique fiable, aujourd’hui comme demain, et partout en France, est notre principale mission. Pour y parvenir, RTE doit :
- Maintenir l’équilibre entre la production et la consommation d’électricité.
- Surveiller et régler les principaux paramètres électriques (fréquence, tension, intensité) pour assurer la stabilité du système.
- Prévenir les incidents majeurs.
- Anticiper les différentes situations possibles afin de disposer des ressources nécessaires au bon moment.
Exploiter le réseau consiste à anticiper, coordonner et piloter un nombre croissant d’acteurs pour maintenir l’équilibre du système à chaque instant.
Un paysage énergétique en pleine mutation
Pour atteindre les objectifs climatiques, soutenir la ré-industrialisation et accompagner la transition numérique, le système électrique évolue. Les énergies renouvelables (éolien, solaire) se développent massivement ; de nouveaux utilisateurs (datacenters, installations de stockage d’électricité, nouvelles industries) se raccordent au réseau ; nos usages s’électrifient de plus en plus (voiture électrique, chauffage, procédés industriels, numérique…).
Ainsi, la façon dont l’électricité est produite, transportée et consommée change. Et dans ce contexte, l’exploitation du système est confrontée à de nouveaux défis.
Une production plus variable
Avec le développement de l’éolien et du solaire, une part croissante de la production dépend désormais des conditions météorologiques. Les volumes produits peuvent varier rapidement ou parfois même dépasser les besoins du moment.
Dans ce contexte, les besoins d’ajustement pour équilibrer la production et la consommation augmentent et nécessitent d’assurer une étroite coordination avec l’ensemble des acteurs du système électrique, y compris les renouvelables.
Cette situation représente une opportunité pour accompagner l’électrification des usages et la décarbonation. Cependant, pour garantir le bon fonctionnement du système, certains moyens de production doivent alors être réduits, arrêtés ou redémarrés plus fréquemment.
Des flux d’électricité plus importants
Les échanges d’électricité augmentent entre les régions de production et les grands centres de consommation, ainsi qu’entre les pays européens interconnectés. Lorsque ces flux s’intensifient, certaines lignes peuvent atteindre leur capacité maximale. On parle alors de « congestion ». Pour les éviter, nous disposons déjà de leviers pour piloter le réseau, comme l’aiguillage des flux d’électricité dans les postes électriques ou le recours à des automates qui ajustent localement les niveaux de production.
Pour limiter les congestions, les travaux prévus dans notre Schéma de développement du réseau ont notamment pour objectif de renforcer l’infrastructure afin d’éviter ces situations à l’avenir.
Les travaux prévus dans notre Schéma de développement du réseau ont pour objectif, entre autres, de renforcer le réseau afin de limiter les congestions à l’avenir.
Une exploitation confrontée à des contraintes de temps croissantes
Les règles européennes d’équilibrage du système électrique évoluent également. La fenêtre d’intervention – le temps dont disposent les gestionnaires de réseau de transport pour corriger les écarts entre production et consommation – est progressivement réduite :
- de 2 heures à 75 minutes depuis le 31 décembre 2025 ;
- puis à 45 minutes au 1er janvier 2029.
Autrement dit, l’évolution du système conduit à agir dans des délais plus resserrés tout en répondant à des besoins d’ajustement croissants.
Si cette évolution doit permettre de bénéficier d’une vision plus précise des volumes de production renouvelable au plus près du temps réel, elle accentue l’importance d’une coordination renforcée et de la mobilisation de l’ensemble des acteurs et des moyens pour assurer la sécurité d’alimentation du système électrique.
Une infrastructure en pleine transformation
Parallèlement, le réseau de transport d’électricité connaît une nouvelle grande phase de développement, après la reconstruction du pays d’après-guerre puis l’essor du parc nucléaire entre les années 1970 et 1990.
Cette transformation poursuit trois objectifs :
- Renouveler les infrastructures existantes et les rendre plus résilientes face au changement climatique.
- Raccorder de nouveaux utilisateurs du réseau (producteurs, industriels, datacenters, stockeurs, etc.).
- Renforcer les grands axes de transport d’électricité à très haute tension afin d’accompagner l’augmentation des flux en France et en Europe.
Au total, les travaux nécessaires représentent plus de 100 milliards d’euros d’investissements sur quinze ans. Pendant leur réalisation, certains ouvrages sont moins disponibles, réduisant les marges d’exploitation du réseau, alors même que les flux d’électricité augmentent.
Faire évoluer l’exploitation du système électrique
Face à ces transformations, l’exploitation du système électrique doit faire preuve de capacités d’anticipation et d’adaptation à tout instant.
Notre stratégie repose sur trois axes :
1. Anticiper davantage pour réduire les incertitudes
L’objectif est d’améliorer les prévisions et le partage d’information entre les acteurs du système électrique (producteurs, gestionnaires de réseaux, grands consommateurs, etc.) afin de mieux préparer les conditions futures d’exploitation.
Cette anticipation concerne notamment :
- les flux d’électricité entre régions et aux frontières ;
- les prévisions de production et les arrêts programmés des installations ;
- les prévisions de consommation ;
- les indisponibilités d’ouvrages liées aux travaux ou à la maintenance.
Elle suppose des engagements plus précoces de la part des producteurs, des acteurs du stockage et de certains grands consommateurs ainsi que des mécanismes incitant à améliorer la qualité des prévisions transmises à RTE.
2. Élargir les leviers d'équilibrage du système électrique
L’objectif est d’accroître le nombre et la diversité des moyens disponibles pour équilibrer le système et gérer les flux d’électricité.
Ces flexibilités permettent :
- d’augmenter ou de réduire la production en fonction des besoins ;
- d’adapter la consommation ;
- et de modifier les chemins de transit de l’électricité sur le réseau.
Ces leviers contribuent à gérer les congestions sur le réseau et à corriger les déséquilibres liés aux aléas météorologiques ou aux écarts entre les prévisions et la situation réelle.
Toutes les énergies, y compris les renouvelables, doivent contribuer au bon fonctionnement du système.
3. Multiplier les moyens d’action pour piloter le réseau électrique à chaque instant
L’augmentation des épisodes de tension élevée et la complexité croissante du système nécessitent des moyens de surveillance et de pilotage toujours plus performants.
Cela implique de :
- Renforcer les exigences applicables aux acteurs raccordés au réseau (respect des consignes, réglage de la puissance, contribution à la stabilité, etc.).
- Développer de nouveaux leviers d’action sur la fréquence, la tension et la stabilité du système.
- Améliorer en continu les outils de supervision et de conduite du réseau.
Une démarche collective de long terme
La mise en œuvre de cette stratégie repose sur une coopération étroite entre l’ensemble des acteurs du système électrique : les gestionnaires de réseaux de distribution, les producteurs d’électricité, les consommateurs (notamment industriels) et les gestionnaires de réseaux de transport voisins.
Elle nécessite également un dialogue continu avec l'État et la Commission de régulation de l'énergie (CRE), ainsi que des évolutions du cadre réglementaire pour certaines mesures.
L'objectif est de garantir durablement la sécurité d'alimentation, d'accompagner la transition énergétique et d'assurer le bon fonctionnement du système électrique au bénéfice de tous. En conjuguant anticipation, innovation et mobilisation de l'ensemble des acteurs, nous préparons un système électrique plus robuste, plus flexible et résolument tourné vers l'avenir.