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Préserver la biodiversité pour vivre mieux

Climat
Environnement
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Le 5 novembre dernier, le biologiste Gilles Bœuf, professeur au Collège de France et à la Sorbonne, est intervenu au cours d’une téléconférence chez RTE pour évoquer les liens entre la protection de l’environnement et les crises sanitaires. Introduite par Nathalie Devulder, Directrice RSE et R&D environnement et société, cette conférence a mis en évidence la nécessité de repenser notre modèle économique actuel afin de préserver à la fois la nature et notre qualité de vie.
Paragraphes

« Nous avons perdu presque 50 % du récif corallien durant ces 50 dernières années. Or, si nous prenons comme exemple la barrière de corail du Grand Sud de la Nouvelle-Calédonie, elle abrite entre 5000 et 6000 espèces au km2 », affirme Gilles Bœuf, qui a présidé le Muséum National d’Histoire Naturelle, de 2009 à 2015. Les innovations techniques, l’agriculture et la pêche intensive, l’utilisation de pesticides ont dégradé les milieux naturels et déséquilibré notre écosystème provoquant la disparition de nombreuses espèces. Selon le rapport de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques), publié en mai 2019, près d’1 million d’espèces animales et végétales sont désormais menacées d’extinction sur les 8 millions que compte environ la Terre. En surexploitant les ressources, l’être humain a dépassé le « seuil de renouvelabilité » du vivant. Pour Gilles Bœuf, et Edgar Morin dont il s’inspire largement, le problème ne réside pas dans « la frénésie des innovations techniques, mais dans l’usage que nous en faisons ».

 

La pandémie mondiale que nous connaissons actuellement doit nous servir d’électrochoc pour réfléchir à notre modèle économique et plus largement à nos modes de vie. La maltraitance du vivant, par l’empiètement des villes sur des zones jusqu’alors préservées des activités humaines, et la mondialisation à outrance ont créé les conditions de la dangerosité du virus de la Covid-19. L’être humain a favorisé la promiscuité entre des animaux sauvages qui n’auraient jamais dû se croiser, concentrant des espèces qui ne se côtoient pas habituellement et favorisant le passage des virus entre espèces, humains compris.


Préserver le vivant pour se préserver soi-même

 

Plutôt que de tomber dans l’éco-anxiété ou de céder à la collapsologie, Gilles Bœuf nous invite à revenir à l’essentiel et à renouer avec la nature. « Nous possédons en partie le même ADN que les autres espèces animales et végétales. Chaque fois que nous agressons le vivant, nous nous agressons nous-mêmes ». L’être humain est effectivement composé à la fois de bactéries et de cellules humaines. C’est pourquoi il est primordial de protéger notre écosystème, puisque notre santé en dépend. Certaines maladies auto-immunes, le diabète ou encore l’obésité sont dues en grande partie à nos modes de vie ainsi qu’à l’industrialisation de notre alimentation, et donc au lien que nous avons coupé avec la nature.
 

Pourtant, cette dernière peut nous aider à agir contre la crise climatique et prévenir les prochaines pandémies. Le biomimétisme peut être la clé. En s’inspirant de la nature, l’être humain pourrait continuer à produire des biens et des services en copiant des processus observés dans les milieux naturels, généralement économes en énergie et non polluants. Même si nous avons gagné 35 ans d’espérance de vie en l’espace de 140 ans grâce aux progrès techniques, celle-ci a tendance à stagner depuis 10 ans en Occident. En produisant toujours plus et plus vite, « on a sacrifié l’essentiel à l’urgence et on a oublié l’urgence de l’essentiel », selon Edgar Morin. Une transformation de nos modèles de société s’impose alors pour être capable de nourrir une population, qui a été multipliée par 4 depuis 1945. « Nous ne pourrons pas nourrir plus de 8 milliards d’êtres humains avec des sols morts à cause des pesticides et de notre agriculture », déplore Gilles Bœuf. Le biomimétisme ou encore l’agroécologie sont autant de solutions qui peuvent nous permettre d’aller vers une consommation plus saine et de protéger notre écosystème sur le long terme afin de préserver un élément essentiel, notre bien-être.

 

* La Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) est un organisme relevant de l’ONU, créé en 2012. Il compte aujourd’hui 132 États membres. L’IPBES a pour mission de constituer une interface entre la communauté scientifique et les gouvernants.