L’essor du numérique et de l’intelligence artificielle transforme nos vies et nos territoires. Derrière cette révolution, une infrastructure essentielle : les data centers, dont la croissance accélère en France. Pour accueillir ces nouveaux consommateurs d’électricité, nous anticipons et adaptons le réseau. Tour d’horizon en chiffres.
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Les chiffres à retenir

92 % des données des pays occidentaux stockées aux États-Unis ?

Cette estimation de plusieurs experts remonte à la fin des années 2010.

Depuis, les règles européennes sur la protection des données personnelles ont accéléré le développement de capacités d’hébergement en Europe. Les grands acteurs du numérique cherchent désormais à localiser leurs infrastructures au plus près de leurs utilisateurs européens.

Les data centers sont ainsi devenus un enjeu de souveraineté numérique : les règles européennes pour un numérique responsable et des usages éthiques de l’intelligence artificielle seront plus difficilement applicables aux data centers situés en dehors de l’Union européenne.

10 fois plus de besoin en énergie pour l’IA ?

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), une requête sur ChatGPT se révélerait dix fois plus énergivore qu’une simple recherche sur Google, qui consomme 0,3 Wh d’électricité.

Certains soulèvent la question de l’empreinte énergétique des usages de l’IA. Pour d’autres, ces chiffres sont inutilement alarmistes, car ils n’intègrent pas les progrès à venir.

Dans tous les cas, cela plaide pour l’installation des infrastructures propres à l’IA dans des pays où l’électricité est majoritairement décarbonée.

Une électricité française abondante et décarbonée à 95 %

D’après le Bilan électrique 2025 de RTE, la production d’électricité française est à plus de 95 % décarbonée et figure parmi les moins émettrices de gaz à effet de serre en Europe (53gEqCO2/kWh).

De plus, pour la seconde année consécutive, la production française d’électricité a largement excédé nos besoins : 20 % de l'énergie produite en France a été exportée vers les pays voisins. 

L’installation de data centers en France est donc une bonne nouvelle pour l’empreinte carbone du numérique.

300 data centers déjà présents en France

Environ 300 data centers sont déjà présents en France en 2026, sur tout le territoire.

La grande majorité est raccordée aux réseaux publics de distribution, avec des puissances de quelques mégawatts. Huit d’entre eux sont directement raccordés au réseau à haute et très haute tension de RTE, avec une puissance cumulée de 800 MW.

La consommation de ces centres de données est estimée à environ 10 TWh, soit environ 2 % de la consommation annuelle française d’électricité.

Plus de 93 milliards d’euros d’investissement annoncés en France

Le sommet Choose France 2026 a acté 93 milliards d'euros de promesses d'investissements étrangers en France, dont une majorité consacrée au développement du numérique et des infrastructures stratégiques. 

L’annonce la plus marquante provient de SoftBank qui prévoit 45 milliards d’euros pour la construction de trois data centers dans les Hauts de France d’ici 2031, et affiche une ambition totale de 75 milliards d’euros investis en France.

Le gestionnaire d’actifs canadien Brookfield renforcera également sa présence en injectant 10 milliards d’euros supplémentaires dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle, portant son engagement potentiel à 30 milliards d’euros.

D’autres acteurs majeurs confirment cette dynamique, notamment MGX et Bpifrance (7,5 milliards), Ardian, la plateforme nordique Verne (5 milliards), ainsi que le groupe américain Salesforce (2 milliards de dollars d’ici 2030).

Ensemble, ces engagements témoignent des atouts de la France pour devenir un leader européen des technologies numériques et de l’intelligence artificielle.

65 sites propices identifiés par l’Etat en lien avec RTE

À la suite de Choose France 2025, l’État a annoncé avoir identifié plus d’une soixantaine de sites propices à l’accueil d’infrastructures numériques. Le choix de ces sites prend en compte :

  • la taille et les caractéristiques du foncier disponible ;
  • les capacités de raccordement électrique ;
  • l’acceptabilité locale et environnementale. 

Un guide national destiné à accompagner leur implantation a été publié : il vise à faire de la France un pôle de référence pour les technologies de demain, tout en préservant les valeurs de sécurité, de transparence et de durabilité qui fondent notre modèle numérique.

5 premiers sites « fast track » pour des raccordements rapides

Pour accompagner les plus grands projets liés à l’IA, l’Etat français et RTE ont identifié plusieurs sites capables d’accueillir rapidement des centres de calcul de très forte puissance.

Ces sites disposent :

  • de grandes surfaces foncières constructibles,
  • d’un accord local pour y accueillir un centre de calcul de forte puissance,
  • d’une proximité immédiate avec le réseau à très haute tension (400 000 volts), évitant de devoir développer de nouvelles lignes aériennes,
  • et, plus globalement, d’une situation favorable sur ce réseau afin d’éviter de générer des « embouteillages électriques » au regard des fortes puissances utilisées (entre 400 et plus de 1000 MW).

En accord avec les acteurs locaux, cinq sites « fast track » ont été identifiés à la suite de Choose France 2025, dont deux en Île-de-France et trois dans les Hauts-de-France. Leur attribution a généralement été organisée selon un processus concurrentiel, et dans le respect d’une procédure de raccordement approuvée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

À la date de Choose France 2026, quatre de ces cinq sites ont été alloués à des opérateurs présentant toutes les garanties de capacité technique et financière.

300 millions d’euros d’investissements pour accompagner l’accueil de data centers dans les grandes agglomérations

Pour accompagner les besoins liés au numérique dans les grandes agglomérations parisienne et marseillaise, RTE déploie le dispositif de « zones d’accueil mutualisées », récemment introduit dans la loi française, qui permet de :

  • développer le réseau électrique dans un secteur donné,
  • puis de répartir les coûts entre les futurs utilisateurs.

Ce dispositif permettra de créer environ 1 200 MW de capacité dans le sud de l’Île-de-France et environ 500 MW de capacité dans la zone de Plan-de-Campagne, entre Aix-en-Provence et Marseille. RTE utilise également ce dispositif dans les grandes zones industrialo-portuaires (Dunkerque, Le Havre, Fos-sur-Mer) pour accompagner la décarbonation et la ré-industralisation.

Près de 18 GW de demandes de raccordement signées

Depuis quelques années, les projets de data centers changent d’échelle. Ils sont plus gros, plus nombreux et demandent un raccordement direct au réseau de transport d’électricité.

La majorité d’entre eux sollicitent une puissance de 100 à 200 MW, soit l’équivalent de la consommation électrique de villes comme Le Mans ou Saint-Etienne. Une dizaine de projets « hors normes » visent des puissances supérieures à 400 MW.

Un quart des projets sont portés directement par de grands acteurs du numérique. Les autres concernent des data centers dits « en colocation », où plusieurs entreprises partagent une même infrastructure.

En mai 2026, RTE avait réservé près de 18 GW de capacité, pour environ 80 projets. Fin 2024, il y avait une quarantaine de projets totalisant environ 5 GW.

2 territoires qui concentrent la majorité des projets

Sur le podium des territoires accueillant des data centers en France se trouvent :

  • L’Île-de-France : les services de cloud computing se développent à proximité des sièges des grandes entreprises (environ 7 GW de capacité réservée).
  • Les Hauts-de-France : la région bénéficie de sa proximité avec les grandes capitales européennes et de la présence d’un acteur historique, OVH (environ 6 GW de capacité réservée).

À terme, les centres de calcul pour l’IA pourraient toutefois se répartir plus largement sur l’ensemble du territoire.

Un développement très progressif de la consommation sur 10 à 15 ans

Les puissances demandées pour le raccordement des data centers ne sont pas utilisées immédiatement : les principaux opérateurs estiment qu’il faudra dix à quinze ans pour atteindre environ 80 % de cette consommation. En effet, même si le bâtiment du data center est construit, l’installation des microprocesseurs, très couteux, est réalisée au plus près du développement des usages numériques associés.

Les 20 % restant sont des marges de sécurité pour faire face à des aléas défavorable (forte chaleur, besoin de secourir un autre data center, …)

De fait, RTE constate que les data centers raccordés à son réseau depuis deux à trois ans ne consomment pour l’instant, en moyenne, que 20 % de la puissance qu’ils ont demandée.

4 % de la consommation française en 2035 ?

Selon notre Bilan prévisionnel 2025-2035, dans une trajectoire de décarbonation rapide, la consommation électrique des datacenters pourrait suivre la trajectoire suivante dans les prochaines années :

  • entre 15 et 20 TWh en 2030 (environ 3 % de la consommation électrique française),
  • puis entre 23 et 28 TWh en 2035 (4 % de la consommation française). 

Il s’agit d’une multiplication par 3 de la consommation actuelle, mais qui reste encore modeste par rapport à la production excédentaire française d’environ 20 %.

Ces trajectoires sont fondées sur l’hypothèse :

  • que tous les projets actuellement annoncés ne se réaliseront pas,
  • que les projets qui se réaliseront verront leur consommation augmenter progressivement.

Un défi majeur : connecter les data centers au réseau électrique

Le raccordement consiste à connecter l’installation au réseau existant, généralement par deux câbles souterrains. Pour un data center à 10 km du réseau à 400 000 volts, il faut poser 2 000 tonnes de câbles.

Parfois, il faut agrandir un poste électrique existant ou en créer un nouveau pour créer les « prises électriques » à très haute tension qui permettront de brancher chaque alimentation. Ces travaux peuvent s’inscrire dans une logique de « zone d’accueil mutualisée ».

De plus en plus souvent, il est aussi nécessaire d’effectuer des travaux sur le réseau structurant à très haute tension. En Île-de-France, par exemple, la puissance demandée (6,5 GW) avoisine la puissance moyenne actuelle de la région (7 GW).

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