Même si cela peut surprendre, il arrive que l’électricité ait un prix négatif. Ce phénomène, de plus en plus fréquent, survient lorsque la production d’électricité dépasse largement la demande. Explications.
Image

Le phénomène de prix négatif est directement lié au fonctionnement du marché de gros de l’électricité : les fournisseurs s’y approvisionnent à un prix calculé pour chaque quart d’heure, dénommé prix spot. Ce marché, européen, fonctionne selon le principe du « prix marginal » : c’est le coût de la dernière centrale appelée pour répondre à la demande qui fixe le prix pour toutes les autres.

Suivant ce principe, la production d’un kilowattheure supplémentaire mobilise systématiquement la centrale disponible la moins chère en Europe. Et les centrales sont appelées selon un ordre de préséance économique : 

  • en premier, les énergies renouvelables (éolien, solaire, hydraulique), dont le coût variable de fonctionnement est très faible ;
  • en dernier, les centrales fossiles (gaz, charbon, fioul), plus coûteuses, car elles intègrent le prix du combustible et de l’émission de CO₂.

Le prix du marché de l’électricité dépend donc à la fois de l’offre, de la demande et des sources de production.

Le marché spot, bien que très volatil, ne représente qu’environ 25 % des volumes échangés, la majorité des transactions étant contractualisée à l’avance et donc non soumises aux prix spot négatifs.

Pourquoi produire à perte ?

Lorsque la production dépasse la consommation et que ce surplus ne trouve preneur ni en France ni à l’étranger, le prix spot du mégawattheure (MWh) peut alors devenir négatif. Autrement dit, ce sont les producteurs - et non pas les consommateurs - qui payent pour injecter leur électricité dans le réseau.

Ce phénomène s’explique notamment parce qu’à grande échelle l’électricité se stocke difficilement.

Arrêter une centrale coûte souvent plus cher que de continuer à produire, surtout pour le nucléaire ou les centrales qui fonctionnent au charbon ou au gaz, dont les arrêts et redémarrages sont complexes. Ainsi, plutôt que d’arrêter leurs installations, certains producteurs préfèrent payer pour écouler leur production.

Les énergies renouvelables quant à elles sont davantage flexibles : arrêter un parc photovoltaïque prend une minute, une éolienne, deux ou trois. Stopper leur production pour un certain temps devient alors plus intéressant financièrement que continuer à injecter de l’électricité.

Un phénomène en hausse

Les épisodes de prix négatifs sont aujourd’hui de plus en plus fréquents, en raison de l’essor de la production d’énergie décarbonée en France, combiné à une consommation électrique stable et relativement faible.

Ils apparaissent surtout :

  • au printemps et en journée, lorsque la production renouvelable est importante grâce à un ensoleillement et à un vent abondants ;
  • la nuit ou le week-end, lorsque la production est supérieure à la consommation.

En 2024, la France a enregistré 361 heures de prix spot négatifs, contre 147 heures en 2023. Le phénomène est en hausse, mais ne représente que 4 % des 365 jours que compte une année.

La flexibilité, un levier essentiel pour prévenir les prix négatifs

Les épisodes de prix négatif illustrent la nécessité de renforcer la flexibilité du système électrique. Ils s’accompagnent de variations de productions très rapides, souvent difficiles à anticiper. Cette dynamique impose un défi permanent à la gestion du réseau électrique, qui doit maintenir en continu un équilibre entre l’offre et la demande.

Il apparait ainsi primordial d’adapter nos habitudes de consommation afin d’utiliser l’électricité aux heures où elle est surabondante et donc moins chère à produire.

Pour limiter l’apparition des prix négatifs, plusieurs leviers existent :

  1. Développer la flexibilité de la consommation : décaler certains usages (la recharge de véhicule électrique, le déclenchement d’un chauffe-eau en milieu de journée…) aux heures de forte production décarbonée.
  2. Continuer à développer la flexibilité du parc de production : en complément des signaux de marché, il s’agit d’ajuster les mécanismes de soutien des énergies renouvelables pour qu'ils s'alignent plus efficacement sur les besoins du système électrique.

Je continue ma lecture

Toute la thématique