Le réseau électrique entre dans l’ère de l’économie circulaire
Dans les prochaines années, le réseau électrique va connaître un développement massif. Construire et renouveler davantage de lignes et de postes électriques signifie aussi consommer davantage de matières premières. Avec le Schéma décennal de développement du réseau (SDDR), nous anticipons une consommation de ressources minérales multipliée par trois à cinq d’ici 2040 et une empreinte carbone qui pourrait doubler. L’économie circulaire devient donc un enjeu industriel autant qu’environnemental.
Moins de matière neuve, plus de recyclage
Chaque année, nous utilisons des quantités importantes de béton, d’acier, d’aluminium et de cuivre pour nos approvisionnements de matériels et nos travaux. L’extraction et la transformation de ces matières premières représentent une part conséquente de l’empreinte environnementale du réseau. Nous cherchons donc à agir sur l’ensemble du cycle de vie : optimiser les besoins en ressources, recycler les métaux, augmenter la part de matière recyclée dans les nouveaux équipements, réemployer les matériels encore utilisables et renforcer les exigences environnementales dans ses achats.
Huit chantiers pour passer à l’échelle
Le Plan d’action économie circulaire que nous avons engagé s'organise en huit leviers d’action. Quatre d’entre eux concernent directement les matières premières (acier, aluminium, cuivre et béton) ainsi que le réemploi ou le reconditionnement de matériels installés sur le réseau. Quatre autres concernent la gestion des déchets et l’ancrage systémique de l’économie circulaire : outils SI et utilisation des données, mesure des flux, évaluation environnementale pour les achats, connaissance des acteurs français et européens de l’économie circulaire, formation et diffusion d’une culture de l’économie circulaire.
RTE–Nexans : un câble peut redevenir un câble
Nexans, fabricant français de câbles et de solutions pour les réseaux électriques, travaille avec RTE à la mise en place d’une filière qualitative de recyclage de l’aluminium : il s’agit de conserver la matière première issue des câbles déposés sur le réseau pour un usage électrique de même niveau de qualité.
Ainsi, la filière recycle environ 600 tonnes d’aluminium par an à partir de 1 000 tonnes de câbles Alu-Acier, soit l’équivalent de la moitié des câbles déposés par RTE en 2025. Le gain attendu est d’au moins 400 tonnes de CO₂ (tonne d'équivalent CO₂) par an. Les nouveaux câbles aériens en aluminium intègrent déjà 10 % d’aluminium recyclé ; nous visons jusqu’à 30 % à l’horizon 2040, en coopération avec l’ensemble de la filière industrielle.
Réemployer avant de recycler
L’économie circulaire ne se limite pas au recyclage des métaux. Elle consiste aussi à faire durer les équipements le plus longtemps possible lorsqu’ils peuvent encore servir. Pour cela, nous avons mis en place un dispositif de maintenance et de réhabilitation pour optimiser la durée de vie des matériels en exploitation.
D’autres démarches concernent les équipements déposés et réemployables. L’objectif : réemployer d’ici 2030 100 % des matériels identifiés comme réemployables. Des actions sont déjà déployées pour les tranches contrôle commande, le reconditionnement des parties actives et des commandes de sectionneurs, les colonnes isolantes ou le réemploi de transformateurs de mesure.
Le réemploi concerne aussi les terres excavées sur les chantiers. En 2025, nous nous sommes associés à l’Institut de la transition foncière pour mener des études et développer des outils destinés à favoriser leur réemploi. Nous nous sommes également engagés auprès de l’Institut de la maîtrise d’ouvrage, à travers des groupes de travail et la réalisation de fiches réflexes pour accompagner les pratiques sur les chantiers. Cette démarche se poursuit en 2026 avec la recherche d’un indicateur permettant de mesurer le réemploi de ces terres.
Le défi : le passage à l’échelle
Si les premières expérimentations montrent la faisabilité de certaines solutions, leur industrialisation pose des questions techniques, logistiques, économiques et organisationnelles.
Nous avançons donc par étape : expérimenter, mesurer, sécuriser les filières, puis généraliser ce qui fonctionne. L’enjeu est de transformer progressivement les équipements en fin de vie ou déposés en nouvelles ressources pour le réseau, et de faire de l’économie circulaire un outil de résilience industrielle autant qu’un levier de réduction de l’empreinte carbone.